BYD ne se contente pas de vendre des voitures electriques. Le groupe chinois vient de decrocher a Abu Dhabi l’un des plus gros contrats de stockage d’energie jamais signes, confirmant une ambition industrielle qui depasse largement l’automobile.
Le 10 juillet 2026, BYD a officialise sa participation au projet Round the Clock, porte par l’energeticien emirati Masdar. Le constructeur chinois fournira 11,275 gigawattheures de batteries au lithium-fer-phosphate (LFP) pour alimenter une centrale solaire de 5,2 gigawatts, associee a un systeme de stockage total de 19 GWh. L’objectif : delivrer de l’electricite solaire en continu, 24 heures sur 24, une premiere a cette echelle selon Electrek et Renewables Now.
BYD, le nouveau geant du stockage stationnaire
Si le grand public connait BYD pour ses berlines et SUV electriques, le groupe chinois mene en parallele une bataille bien moins visible : celle du stockage d’energie a grande echelle. Le contrat d’Abu Dhabi en est l’illustration la plus claire. La part que BYD s’apprete a livrer, soit l’equivalent de 186 000 packs batterie de voiture electrique selon CarNewsChina, alimentera une station de 1 644 megawatts. De quoi couvrir la consommation de plusieurs centaines de milliers de foyers.
L’entreprise y deploye sa technologie Blade Battery, une cellule de 2 710 amperes-heure dont la capacite depasse de plus de 300 % celle des cellules standard du secteur. Cette densite exceptionnelle permet de loger jusqu’a 10 MWh dans un simple conteneur de vingt pieds, capable de resister aux ecarts de temperature du desert, de -30 °C a 55 °C. La gestion electronique est simplifiee de 70 a 80 % par rapport aux architectures classiques, ce qui reduit les couts d’exploitation et les points de defaillance potentiels.
CATL ecarte au profit de BYD
Le detail le plus revelateur concerne l’attribution du marche. En 2025, Masdar avait presente CATL, l’autre geant chinois des batteries, comme fournisseur pressenti pour ce projet. Au moment de signer, c’est BYD qui rafle la mise, aux cotes de Sungrow pour le reste du dispositif. Deux entreprises chinoises se partagent ainsi l’integralite des 19 GWh du plus grand projet solaire-plus-stockage jamais construit, sans laisser de part a un fabricant occidental comme Fluence, Tesla ou Wartsila.
Cette mainmise chinoise sur les infrastructures energetiques du Golfe interroge. Les Emirats, comme l’Arabie saoudite voisine, font le pari de la technologie venue de Shenzhen pour accelerer leur transition energetique. Un choix qui n’est pas sans rappeler la domination des panneaux solaires chinois, qui representent desormais plus de 80 % de la production mondiale.
L’Arabie saoudite aussi a signe
Ce n’est pas le premier contrat massif de BYD au Moyen-Orient. En fevrier 2025, le groupe avait signe avec Saudi Electricity Company (SEC) un accord portant sur 12,5 GWh de batteries stationnaires, decrit alors comme le plus gros contrat de stockage au monde par Energy-Storage.News et pv magazine. Combine au projet d’Abu Dhabi, BYD cumule desormais pres de 24 GWh d’engagements dans la region, soit l’equivalent de la capacite de stockage installee de plusieurs pays europeens reunis.
Le timing de ces annonces n’est pas anodin. La demande en electricite explose dans le Golfe sous l’effet du developpement de l’IA, de l’essor des datacenters et de la climatisation. Les solutions de stockage deviennent un maillon central des reseaux electriques. Le projet Round the Clock vise precisement a demontrer que le solaire peut assurer une production de base sans interruption, meme apres le coucher du soleil.
Une trajectoire industrielle assumee
BYD construit ainsi une double identite : constructeur automobile pour le grand public, fournisseur de batteries stationnaires pour les industriels et les Etats. L’entreprise, fondee par Wang Chuanfu, a commence dans les batteries avant de se lancer dans l’automobile et d’y depasser Tesla en volumes. Ce retour aux sources du stockage fixe apparait comme une prolongation logique de son savoir-faire industriel.
Le marche du stockage stationnaire connait une croissance explosive. Selon les analystes, la capacite installee mondiale devrait etre multipliee par dix d’ici 2030, portee par le deploiement massif des energies renouvelables et les besoins de stabilisation des reseaux electriques. BYD et CATL partent avec une longueur d’avance sur ce marche grace a leur maitrise de la chimie LFP et a leurs capacites de production gigantesques.
19 GWh de batteries chinoises
Le projet Round the Clock, developpe en partenariat avec EWEC (Emirates Water and Electricity Company), repose sur une configuration inedite : 5,2 GW de panneaux solaires couples a 19 GWh de batteries, repartis entre BYD (11,275 GWh) et Sungrow (le solde). L’ensemble doit fournir 1 GW d’electricite pilotable en continu, soit l’equivalent d’un reacteur nucleaire moyen, mais avec une empreinte carbone bien inferieure.
La Blade Battery de BYD, deja utilisee dans ses voitures electriques sans accident majeur depuis des annees, trouve ici un debouche industriel de masse. Son format long et plat ameliore le refroidissement et reduit les risques d’emballement thermique, un argument decisif dans les conditions extremes du desert emirati ou les temperatures au sol depassent regulierement 50 °C en ete.
Reste a savoir si l’Europe et les Etats-Unis reagiront. Alors que les usines de batteries peinent a sortir de terre en Occident, les groupes chinois raflent les plus gros contrats de la planete. Une domination qui pourrait devenir un sujet geopolitique dans les annees a venir, comme le suggere deja la reaction de Washington aux progres de BYD sur le sol americain.
