uBlock Origin vit ses derniers jours sur Chrome. Après des mois d’avertissements, Google s’apprête à dégainer la mise à jour fatale : fin juin 2026, la dernière astuce qui permettait encore de faire tourner le bloqueur de pubs sera définitivement désactivée.
On ne va pas se mentir, c’était annoncé depuis longtemps. En mars 2025 déjà, Chrome commençait à débrancher les extensions basées sur Manifest V2, l’ancienne architecture qui donnait à uBlock Origin son accès complet au trafic réseau. Résultat : le bloqueur s’est retrouvé grisé, estampillé « non supporté », incapable de filtrer quoi que ce soit. Certains ont tenu bon grâce à un flag caché dans les options développeur. Mais ce workaround, c’est du sursis.
Google a confirmé que Chrome 150 ou 151, la mise à jour prévue pour le 30 juin 2026, supprimera définitivement le flag ExtensionManifestV2Disabled. Traduction : plus moyen de forcer le navigateur à accepter les extensions V2. Même les bidouilleurs les plus motivés devront passer à autre chose.
Manifest V3, ou l’art de brider sans l’avouer

Officiellement, Manifest V3 est une mise à jour de sécurité. Google explique que restreindre l’API webRequest, c’est protéger les utilisateurs contre les extensions malveillantes qui pourraient aspirer des données ou injecter du code. L’argument se tient, techniquement. Mais le timing est douteux, comme le souligne PCWorld : « même si Manifest V3 n’est pas présenté comme une mesure anti-bloqueur, c’est bien l’effet qu’il produit. »
Et pour cause. Le nouveau système remplace le filtrage dynamique par une API declarativeNetRequest bien moins puissante. Une extension V3 peut bloquer des pubs, oui, mais elle ne peut plus intercepter les requêtes en temps réel, modifier les scripts ou appliquer des règles complexes. Pour un outil comme uBlock Origin, qui doit jongler avec des milliers de règles de filtrage, c’est comme demander à un chef étoilé de cuisiner avec un micro-ondes.
Chrome : quatre extensions pour limiter la casse

Si vous tenez absolument à rester sur Chrome, il existe des extensions compatibles Manifest V3. Elles ne remplaceront jamais la version complète d’uBlock Origin, mais elles filtrent l’essentiel. AdGuard arrive en tête : son moteur a été réécrit pour V3 et il bloque encore une bonne partie des annonces et traqueurs. Ghostery mise sur le combo blocage des pubs et protection de la vie privée, avec un bonus sur la vitesse de navigation. uBlock Origin Lite, le successeur officiel, applique des listes de filtres prédéfinies mais ne peut plus agir dynamiquement, c’est la version light de la version light, en somme. Et AdBlock Plus fait encore le job, à condition d’accepter sa politique de « publicités acceptables » par défaut (désactivable, cela dit).
Aucune de ces extensions n’atteint l’efficacité d’uBlock Origin original. Le filtrage réseau en temps réel, la sélection d’éléments à la volée, les règles dynamiques : tout ça, c’est terminé sous Manifest V3.
Firefox, Brave, Vivaldi : le plan B qui fait tout

La vraie solution, elle est ailleurs. Firefox, d’abord. Mozilla a explicitement refusé de suivre la politique de Google : le navigateur continue de supporter Manifest V2 aux côtés de V3, ce qui signifie qu’uBlock Origin fonctionne exactement comme avant. C’est le choix évident pour quiconque veut un bloqueur sans compromis.
Brave, ensuite. Basé sur Chromium, il intègre nativement un bloqueur de publicités performant qui ne dépend pas de l’API d’extensions, il est codé en dur dans le navigateur. Vous gardez la compatibilité avec l’écosystème Chrome sans subir ses limitations. Et Vivaldi complète le trio avec un bloqueur intégré et une personnalisation poussée, plus la possibilité d’utiliser des moteurs de recherche orientés vie privée comme Startpage.
Oui, changer de navigateur, c’est chiant. Faut réimporter ses favoris, réinstaller ses extensions, réapprendre deux ou trois raccourcis. Mais entre ça et subir des pubs partout pendant que Google verrouille son jardin, le calcul est vite fait.
La pub gagne-t-elle vraiment ?

Google joue serré. La boîte tire plus de 75 % de ses revenus de la publicité, et un navigateur qui permet de bloquer efficacement les annonces, c’est un manque à gagner potentiel. L’argument sécurité de Manifest V3 est recevable sur le fond, les extensions V2 pouvaient effectivement être détournées, mais présenter ça comme une coïncidence heureuse pour le business publicitaire, c’est prendre les utilisateurs pour des idiots.
Ce qui est certain, c’est que le 30 juin 2026 marque une bascule. Ce jour-là, garder uBlock Origin sur Chrome ne sera plus une question de bidouille : ce sera impossible. À chacun de choisir entre accepter un bloqueur au rabais ou passer la porte. La porte Firefox, de préférence.
