Une barrette de 8 Go de RAM à plus de 300 dollars. Des disques durs tiers bannis, puis réhabilités en catimini. Et un objectif à un milliard de dollars malgré tout. Au Computex 2026, Chad Chiang, directeur Europe de Synology, a livré un exercice de transparence assez rare pour être souligné.
Le marché du stockage traverse une zone de turbulences que personne n’avait vraiment anticipée avec cette intensité. Depuis mi-2025, le prix des modules DRAM s’est littéralement envolé, poussé par une demande en HBM (high bandwidth memory) que les géants de l’IA aspirent comme des aspirateurs industriels. Selon TrendForce, l’IA devrait absorber environ 20 % de la capacité mondiale de wafers DRAM en 2026. Et quand Samsung, SK Hynix et Micron , les trois fournisseurs qui trustent 95 % du marché , arbitrent en faveur des marges du HBM, c’est toute la chaîne qui encaisse.
Le chiffre qui fait tousser : une barrette DDR5 de 8 Go, qui se négociait entre 15 et 25 dollars avant la crise, dépasse désormais les 300 dollars sur le marché spot. Gartner table sur une hausse combinée DRAM + SSD de 130 % d’ici fin 2026, avec un prix moyen des PC en hausse de 17 %. Pour Synology, fabricant de NAS dont chaque boîtier embarque de la RAM, l’impact est direct : les prix des DiskStation ont été réajustés en avril 2026.
« Une bonne leçon pour nous »
Chad Chiang n’a pas esquivé l’autre dossier qui fâche : la politique de disques durs « vérifiés ». En avril 2025, Synology avait étendu cette restriction , qui impose l’usage de HDD estampillés par la marque , aux gammes DiskStation Plus et Value, c’est-à-dire aux NAS des prosumers, ceux qui choisissent leurs composants un par un.
La levée de boucliers a été immédiate. Tom’s Hardware, en octobre 2025, titrait sur le rétropédalage : « Synology walks back controversial compatibility policy for 2025 NAS units ». La mise à jour DSM 7.3 a rétabli la compatibilité des disques tiers, et Chiang le reconnaît aujourd’hui sans détour : « Nous avons estimé que s’il s’agit d’un NAS de série Plus, nous ne devrions pas limiter ce que les consommateurs veulent faire avec leurs disques durs. »
L’aveu est d’autant plus notable que la croissance des ventes grand public est restée plate entre mai et octobre 2025 , un indicateur que Synology a probablement lu comme une sanction directe de sa politique, surtout face à l’arrivée de nouveaux concurrents comme Ugreen et Ubiquiti sur le segment.
IA partout, données nulle part
Sur le front de l’intelligence artificielle, Synology joue une carte différente de celle des clouds généralistes. Sa suite DSM intègre des fonctionnalités d’IA, mais avec un positionnement clair sur la souveraineté des données. « L’essor des agents en cloud soulève de légitimes inquiétudes quant à la souveraineté des données », a martelé Chiang, surfant sur une angoisse bien réelle chez les entreprises européennes.
La BeeStation, le NAS d’entrée de gamme lancé pour convertir les novices au stockage local, a reçu une nouvelle itération en avril 2026. Reste que l’objectif de chiffre d’affaires , un milliard de dollars en 2026 , repose désormais largement sur les segments enterprise et surveillance, là où les marges sont plus élastiques face à la flambée des composants.
Et la sortie de crise ? Chiang table sur un retour à la normale des prix de la RAM pour le premier trimestre 2027, mais prévient qu’il ne faut « pas espérer de baisse du prix des SSD avant la fin de l’année prochaine ». Une prévision qui recoupe celle des analystes : pas de soulagement significatif avant fin 2027, voire 2028, le temps que les nouvelles capacités de fonderie entrent en production.
En attendant, si vous avez un projet de upgrade mémoire, le message est limpide : achetez maintenant ou attendez deux ans. Et si vous trouvez une barrette DDR5 à moins de 200 dollars, vérifiez qu’elle n’est pas contrefaite , Tom’s Hardware a déjà documenté des modules remplis de puces en plastique.
