Le robot humanoïde CyberOne de Xiaomi atteint 98 % de précision sur le vissage d’écrous en ligne de production, soit le niveau d’un ouvrier humain. Deux exemplaires travaillent déjà sur les chaînes des SU7 et YU7 à Pékin. De quoi relancer le débat sur l’automatisation des usines.
Xiaomi n’est plus seulement un fabricant de smartphones. Depuis le lancement de la berline électrique SU7 en 2023, le groupe chinois s’est imposé comme constructeur automobile avec plus de 380 000 commandes en moins de deux ans. Pour tenir la cadence, l’usine de Pékin s’appuie sur environ 700 robots automatisés classiques, mais aussi sur une nouveauté bien plus parlante : le CyberOne, robot humanoïde de 1,77 mètre pour 52 kilos, directement issu des laboratoires de Xiaomi.
Dévoilé en 2022, le CyberOne travaille depuis plusieurs mois sur la ligne de montage. Sa mission : visser des écrous autotaraudeurs sur les deux flancs du plancher des véhicules, en suivant le rythme de la chaîne. Chaque voiture sort de l’usine toutes les 76 secondes, et le robot doit tenir cette cadence sans ralentir les postes voisins.
De 90 % à 98 % en quatre mois de réglages
À ses débuts, le CyberOne affichait un taux de réussite de 90,2 % pour le placement des écrous. Un score honorable pour un humanoïde, mais insuffisant pour une production industrielle où chaque échec est une perte de temps et de matière. Après quatre mois d’ajustements, le taux est monté à 98 %, soit un échec tous les cinquante écrous. C’est le niveau d’un opérateur humain, à un point près.
Le robot utilise un système de contrôle par apprentissage par renforcement, entraîné sur des centaines de millions de simulations de perturbations aléatoires. Résultat : il conserve son équilibre même dans des conditions difficiles (vibrations, variations de température, différences de cannelures internes des écrous) et transfère ses apprentissages sans nécessiter d’exemples supplémentaires.
Les pièces souples restent un angle mort
Si le vissage d’écrous durs est maîtrisé, le CyberOne plafonne encore à 90 % de réussite sur des opérations plus délicates : le tri des panneaux latéraux de console centrale et le pliage de caisses. Ces pièces souples changent de forme et demandent une adaptation que le robot n’a pas encore intégrée. C’est une première dans l’industrie : jamais un robot humanoïde n’a manipulé des pièces flexibles sur une durée aussi longue dans une usine automobile.
Le prochain palier sera la coordination multi-robots. Pour l’instant, chaque CyberOne travaille sur un poste fixe et répète des opérations limitées. Faire collaborer plusieurs unités sur une même tâche implique une synchronisation des mouvements qu’aucun industriel n’a encore résolue à l’échelle. Un retard de quelques secondes sur un poste s’accumule sur les suivants, et le problème reste entier.
Le précédent qui inquiète les chaînes
Lei Jun, fondateur et PDG de Xiaomi, a annoncé que le groupe remplacerait certaines tâches humaines par des robots d’ici cinq ans. Une déclaration qui pèse lourd dans un secteur où la main-d’oeuvre non qualifiée est déjà fragilisée. Les postes répétitifs (vissage, assemblage de composants standards, contrôle qualité basique) sont les premiers exposés.
Xiaomi n’avance pas seul sur ce terrain. Renault teste le robot Calvin dans son usine de Douai. General Motors a installé une cinquantaine de robots collaboratifs à Detroit, quelques mois après avoir licencié plus de 1 000 employés (sans lien officiel établi entre les deux décisions).
Le CyberOne rate encore une pièce sur dix sur les tâches complexes, nécessite une supervision humaine et ne fait tourner aucune ligne en autonomie complète. La menace est réelle, mais pour l’instant, elle reste cantonnée à une seule opération bien précise. Le jour où le taux passera à 99,5 % sur toutes les étapes, le calcul changera.
Optimus, Calvin, CyberOne : la course aux humanoïdes
Xiaomi n’est pas le seul constructeur à miser sur les robots humanoïdes. Tesla développe Optimus depuis 2021, avec des démonstrations en conditions réelles dans ses usines. Elon Musk promet une production de masse à moins de 20 000 dollars par unité, mais les prototypes visibles en 2025 et 2026 restent cantonnés à des tâches simples de manutention et de tri.
Renault a déployé Calvin dans son usine de Douai pour des opérations d’assemblage léger. General Motors a installé une cinquantaine de robots collaboratifs à Detroit. Boston Dynamics, racheté par Hyundai, continue de pousser les limites de la locomotion humanoïde avec ses Atlas nouvelle génération. Mais aucun de ces acteurs n’affiche encore un taux de 98 % sur une opération de précision en production réelle. Xiaomi tient un chiffre que ses concurrents ne montrent pas.
Pour le public de learnup.fr, professionnels de la tech, formateurs, responsables de transition numérique, le vrai sujet n’est pas le robot en lui-même, mais l’écart de compétences qui se creuse. Si le CyberOne atteint la régularité humaine sur une tâche en quelques mois, l’ouvrier non qualifié met des années à apprendre le même geste. Les plans de formation aux métiers de l’industrie 4.0 (maintenance robotique, programmation, supervision de lignes automatisées) deviennent une priorité, pas une option. Les entreprises qui anticipent cette recomposition auront une longueur d’avance sur celles qui subiront l’arrivée des humanoïdes sans y être préparées.
