L’administration française prépare une super-app baptisée AMI. Objectif : centraliser impôts, carte grise, procurations et bien d’autres démarches dans une seule application mobile, avec FranceConnect pour clé et les données stockées en local sur l’appareil.
Les équipes de la DINUM (Direction interministérielle du numérique) et de la DILA (Direction de l’information légale et administrative) travailleraient depuis plusieurs mois sur ce projet. D’après le site Acteurs Publics, l’application, sobrement nommée AMI pour Application mobile interministérielle, est en test depuis janvier 2026. Le déploiement est visé pour octobre prochain.
L’information, relayée par Les Numériques et confirmée par iGeneration, n’a pas encore fait l’objet d’une communication officielle du gouvernement. Mais les indices concordent pour dresser un portrait de ce à quoi ressemblera l’administration de demain : tout-en-un, mobile et connectée.
FranceConnect comme cheval de Troie
Le point de départ d’AMI reste FranceConnect. Le système d’authentification unique de l’État, déjà utilisé par plus de 40 millions de Français, jouerait le rôle de porte d’entrée unique vers l’ensemble des démarches : déclaration de revenus, changement d’adresse, demande de carte grise, procuration électorale, déclaration de vol. La plupart de ces services existent déjà sur le site service-public.fr, mais l’application promet davantage : suivi global des démarches en cours, notifications push en temps réel et remplissage automatique intelligent des formulaires.
Le Danemark et l’Estonie montrent la voie depuis des années avec leurs portails unifiés (respectivement Borger.dk et eesti.ee). Mais la France a longtemps accumulé les couches sans jamais les intégrer. AMI serait la première tentative d’envergure de rassembler l’ensemble sous un seul toit, et surtout dans une application mobile conçue pour les usages quotidiens.
Autre innovation de taille : l’application serait capable d’accompagner l’utilisateur en fonction de ses besoins, avec une personnalisation poussée selon les situations. Si vous déménagez, par exemple, l’app pourrait vous proposer automatiquement les démarches associées : changement d’adresse sur la carte grise, déclaration aux impôts, mise à jour de la sécurité sociale. Le même principe s’appliquerait pour une naissance, un mariage ou l’arrivée à la retraite : l’application détecterait l’événement et suggérerait les formalités à accomplir, sans que l’utilisateur ait à les chercher lui-même sur les différents sites administratifs. Un gain de temps considérable pour les quelque 60 millions de Français qui effectuent au moins une démarche administrative par an.
Les données restent sur votre téléphone
Côté protection des données, le projet semble avoir appris des erreurs de France Identité. Cette dernière peinait toujours à convaincre les Français en 2025, malgré des fonctionnalités solides et un chiffrement renforcé. La méfiance autour de la centralisation des informations personnelles reste le premier frein à l’adoption de ce type de service.
Avec AMI, les données sensibles resteraient sur l’appareil de manière locale, avec un minimum de données transmises en ligne. C’est un argument de poids pour un service qui manipule des informations aussi sensibles que le revenu fiscal ou le numéro d’immatriculation. Les équipes plancheraient aussi sur un assistant conversationnel intégré, autrement dit un chatbot, pour répondre aux questions courantes sans passer par une hotline téléphonique.
À plus long terme, l’application pourrait fonctionner sans FranceConnect, notamment pour les associations, et avec ProConnect pour les professionnels. Les dates de ces extensions ne sont pas encore connues, mais la feuille de route dessine une ambition claire : faire d’AMI le point d’entrée unique de toute relation avec l’administration, particuliers comme entreprises.
Le pari de la confiance
Reste à savoir si cette fois l’État réussira son pari. France Identité n’a toujours pas convaincu les foules, deux ans après son lancement en 2024. Le défi pour AMI est double : convaincre les citoyens de faire confiance à une application gouvernementale, et simplifier véritablement le parcours administratif sans ajouter de la complexité.
La sécurité locale des données est un pas dans la bonne direction, mais la communication autour du projet sera décisive. Les Français sont de plus en plus sensibles à l’utilisation de leurs données personnelles, comme le montrent les débats récents autour des pixels de suivi et de la surveillance numérique. L’administration devra être irréprochable sur ce point dès le premier jour.
Car le principal concurrent d’AMI n’est pas une autre app publique : c’est l’indifférence des usagers. Les applications administratives existantes peinent à décoller, comme le montrent les statistiques d’adoption de France Identité. Pour séduire, AMI devra proposer une expérience utilisateur digne des apps privées que les Français utilisent quotidiennement. Un défi de taille pour une administration qui n’a pas toujours brillé par son design ni sa réactivité.
En attendant, le calendrier est serré : test technique en cours, déploiement en octobre. Si vous croisez des agents de la DINUM dans un couloir ministériel cet été, dites-leur que la deadline d’octobre n’est pas un sprint : c’est un marathon avec FranceConnect comme unique ravitaillement. Et pour gagner la confiance des usagers, il faudra bien plus qu’un simple bouton FranceConnect ou un stockage local des données.
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