Microsoft envisage ouvertement de se séparer de Xbox. Après 25 ans de présence dans le jeu vidéo, la division gaming pourrait être restructurée en filiale indépendante, scindée, voire vendue. Le géant de Redmond ne botte plus en touche.
L’information a filtré le 12 juin 2026 dans les colonnes de The Information, confirmée ensuite par Reuters : Satya Nadella et son board étudient plusieurs scénarios pour l’avenir de Xbox. Le spectre va du statu quo à la cession pure et simple, en passant par le modèle LinkedIn/GitHub, une filiale détenue à 100 % mais opérationnellement autonome. Trois sources proches du dossier citées par The Information évoquent même une coentreprise avec des partenaires extérieurs.

La nouvelle tombe dans un contexte financier que personne chez Microsoft n’ose qualifier de glorieux. Sur le troisième trimestre de l’exercice fiscal 2026, la branche gaming a perdu 380 millions de dollars de chiffre d’affaires en glissement annuel. Les ventes de consoles Xbox Series X|S ont plongé de 33 %. Amy Hood, la directrice financière de Microsoft, a prévenu les analystes : le trimestre suivant ne sera pas meilleur.
Le rachat d’Activision Blizzard, bouclé en 2023 pour 69 milliards de dollars, n’a pas produit l’effet de levier espéré. Pire, la sortie des Call of Duty du Xbox Game Pass et la baisse de prix de l’abonnement ont amputé les revenus récurrents. La marge de la division serait tombée à 3 % sur l’exercice en cours, selon Les Numériques.
Asha Sharma, le changement dans la continuité… ou pas
Le départ de Phil Spencer, annoncé en février 2026, a marqué la fin d’une époque. Trente-huit ans de maison, douze ans à la tête de Xbox, le bonhomme incarnait la stratégie « tout au Game Pass » et le rapprochement avec le PC. Son départ à la retraite, officialisé par CNBC le 20 février, a ouvert la voie à Asha Sharma.
Venue de Microsoft CoreAI après un passage chez Instacart et Meta, Sharma n’a pas perdu de temps. Dès son premier trimestre, elle a enterré le nom « Microsoft Gaming », revenu au branding Xbox historique, et lancé Project Helix en mars 2026 : une console-PC hybride capable de lire les jeux Xbox comme les titres PC. Un pari technique qui rappelle furieusement les Steam Machines de Valve, en plus ambitieux.
Sharma a également recentré les investissements sur les franchises majeures : un nouveau Halo (pas d’épisode depuis 2021), Fallout (le dernier opus principal date de 2015), et l’attendu The Elder Scrolls VI. Les petits studios, eux, peuvent trembler : des licenciements massifs sont annoncés pour juillet 2026.
Project Helix : la carte maîtresse ou le chant du cygne ?
Dévoilé publiquement le 5 mars 2026 par Sharma elle-même sur X (anciennement Twitter), Project Helix est présenté comme la prochaine génération de console Xbox, mais avec un twist : ce sera aussi un PC, capable de faire tourner l’écosystème Windows. Une alpha est promise pour 2027, réservée aux développeurs. L’ambition affichée est de réconcilier les deux mondes que Microsoft n’a jamais vraiment su faire cohabiter.
Mais si Microsoft se sépare de Xbox, Project Helix sera-t-il le dernier hardware siglé Microsoft ou le premier d’une entité indépendante ? La question reste ouverte. Satya Nadella garde la main sur le calendrier, et aucune décision définitive n’a été prise, précisent les sources de The Information et de Reuters.
Côté jeux, Sharma a clarifié la ligne : retour aux exclusivités Xbox pour Gears of War: E-Day et Clockwork Revolution, mais fin des sorties simultanées sur PS5 pour les autres titres. Une marche arrière assumée.
25 ans de Xbox, et maintenant ?
La première Xbox est sortie le 15 novembre 2001. Vingt-cinq ans plus tard, la marque revendique 500 millions d’utilisateurs actifs mensuels, un chiffre avancé par Satya Nadella lui-même. Mais l’engagement ne se convertit plus en dollars : le marché de la console traditionnelle s’érode face au mobile et au PC, et la stratégie « services d’abord » n’a pas encore trouvé sa rentabilité.
Les trois options sur la table, rappelons-les : filialisation à la LinkedIn, coentreprise avec un partenaire extérieur, ou vente pure et simple. Aucune n’est exclue, aucune n’est décidée. Microsoft insiste sur le fait qu’il n’a pas l’intention de quitter le jeu vidéo, mais la formulation laisse songeur : « pas l’intention », ce n’est pas « en aucun cas ».
Si Xbox devient une entité indépendante, elle devra naviguer seule dans un secteur où les marges se comptent en petits pourcentages et où les cycles de développement dépassent les cinq ans. Sans le matelas financier de Microsoft Azure et d’Office 365, la pression serait d’une tout autre nature.
