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    SpaceX veut 1 million de satellites IA : l’astronomie alerte

    Fabien DouéPar Fabien Doué5 juillet 2026Aucun commentaire5 Minutes de Lecture
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    Satellite en orbite spatiale
    Satellite en orbite
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    SpaceX veut envoyer un million de satellites en orbite basse pour alimenter ses centres de données dédiés à l’IA. L’Observatoire européen austral (ESO) contre-attaque avec une étude choc, acceptée par la revue Astronomy & Astrophysics, qui fixe une limite à ne pas dépasser : 100 000 engins maximum si l’humanité veut continuer à observer les étoiles.

    Un million de satellites, la folle ambition de SpaceX

    En 2019, les premiers lancements Starlink ont ouvert les vannes. Aujourd’hui, plus de 14 000 satellites actifs tournent autour de la Terre, et 32 000 en comptant les débris et les appareils hors d’usage. Mais ce n’est qu’un début. Les projets déposés auprès des régulateurs atteignent déjà 1,7 million d’unités. Et dans ce total, SpaceX pèse à elle seul un million de satellites.

    Ce chiffre vertigineux n’est pas destiné à la seule connectivité. Elon Musk imagine des serveurs orbitaux entiers, des datacenters dans l’espace capables de faire tourner des modèles d’IA sans dépendre des contraintes terrestres. La faisabilité technique du projet reste discutable, mais les demandes d’autorisation, elles, ont bien été déposées auprès de la Federal Communications Commission (FCC) américaine.

    Olivier Hainaut, astronome à l’ESO et auteur principal de l’étude, a passé au crible les conséquences de ces mégaconstellations. Verdict : un satellite éclairé par le Soleil brille plus fort qu’une galaxie lointaine. Quand l’engin traverse le champ d’un télescope, il laisse une traînée qui efface tout ce qui se trouve derrière.

    Des miroirs géants, pire que les satellites

    Le Very Large Telescope de l’ESO, installé au Chili, perdrait jusqu’à 28 % de son champ de vision deux heures après le coucher du soleil. L’observatoire Vera C. Rubin serait plus touché encore, avec des images inexploitables plusieurs heures par nuit. Mais la menace la plus directe ne vient pas des satellites de communication.

    Reflect Orbital, une start-up américaine, veut déployer d’immenses miroirs en orbite pour renvoyer la lumière du Soleil vers la Terre, même la nuit. Chaque faisceau couvrirait au moins cinq kilomètres au sol. D’ici 2035, l’entreprise vise 50 000 miroirs. Un seul faisceau de ces miroirs brillerait quatre fois plus que la pleine Lune. Même sans faisceau actif, chaque miroir égalerait l’éclat de Vénus. Avec la flotte complète, le ciel entier deviendrait trois à quatre fois plus lumineux. Depuis une ville éclairée comme Munich, ces miroirs seraient les seules étoiles visibles.

    100 000 satellites max, ou la fin du ciel étoilé

    L’ESO ne demande pas l’interdiction totale des satellites. L’étude fixe une limite à 100 000 engins, tous plus faibles que la magnitude 7 (invisibles à l’œil nu). Olivier Hainaut le reconnaît lui-même, ce chiffre n’a rien d’absolu et il préférerait personnellement 50 000. Une première étude de l’ESO, il y a six ans, jugeait encore l’impact modéré. Les projets actuels franchissent une tout autre échelle.

    Le dossier est désormais entre les mains du régulateur américain. SpaceX et Reflect Orbital ont soumis leurs demandes à la FCC. En réponse, l’ESO a déposé un avis conjoint avec la Royal Astronomical Society britannique et l’Union astronomique internationale. Le régulateur a déjà reçu plus de 1 800 commentaires sur le projet Reflect Orbital et près de 1 500 sur celui de SpaceX.

    Ce n’est pas seulement l’astronomie qui est menacée. Chaque lancement de fusée rejette des particules fines dans la haute atmosphère, et la multiplication des objets en orbite augmente le risque de collisions en cascade, connu sous le nom de syndrome de Kessler. Un scénario où un satellite détruit en chaîne ses voisins, créant un champ de débris infranchissable. La Station spatiale internationale a déjà dû manœuvrer à plusieurs reprises pour éviter des débris. Avec un million de satellites supplémentaires, ces manœuvres deviendraient quotidiennes.

    D’autres acteurs entrent dans la danse. La société E-Space prépare sa constellation Cinnamon, et la Chine avance avec ses projets CTC-1 et CTC-2. Chacun veut sa part de l’orbite basse, transformant ce qui était un bien commun en une véritable ruée vers l’espace. Sans régulation coordonnée, le précédent fixé par la FCC pourrait faire jurisprudence mondiale. L’Union astronomique internationale milite pour un traité international sur la pollution lumineuse spatiale, mais aucun mécanisme contraignant n’existe à ce jour. Les scientifiques rappellent que la fenêtre pour agir se compte en mois, pas en années : une fois ces constellations déployées, les retirer coûtera des milliards et prendra des décennies.

    Betty Kioko, chargée des affaires institutionnelles de l’ESO, résume l’enjeu comme une menace existentielle pour l’astronomie optique. Les conséquences dépassent le cadre scientifique : au-delà des télescopes, ces constellations perturbent le sommeil, les écosystèmes nocturnes et la qualité de l’air à chaque lancement. Le débat est lancé et le temps presse. La FCC examine les demandes, la fenêtre pour préserver un ciel nocturne exploitable se referme à mesure que les fusées décollent. L’humanité risque de perdre la vue sur les étoiles pour alimenter des serveurs qui brillent plus que des galaxies.

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    Un passionné de tech qui suit l'actualité geek de près ! Je suis aussi formateur en robotique et en IA.

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