Un développeur répondant au nom de Daniel Palmer a porté le noyau Linux sur la Mega Drive de SEGA, console 16-bit sortie en 1988. Le projet, baptisé LinuxMD, est disponible sur GitHub. Il nécessite une cartouche EverDrive, beaucoup de patience et un brin de nostalgie.
On a vu Linux tourner sur des disquettes, des montres, des machines à laver. Mais sur une Mega Drive ? Voilà qui force le respect. Daniel Palmer, développeur visiblement animé par la curiosité technique la plus pure, a mis en ligne sur GitHub le projet LinuxMD, une version du kernel Linux spécialement adaptée à la console 16-bit de SEGA. Annoncé fin juin 2026, le projet a depuis été relayé par plusieurs médias français dont Next et Korben.
Concrètement, LinuxMD permet de booter un noyau Linux sur le Motorola 68000 de la Mega Drive, le même processeur qui faisait tourner Sonic, Streets of Rage et Golden Axe il y a près de quarante ans. Attention, pas question de lancer un navigateur moderne ou un IDE sur cette bête de course des eighties. Le projet est une curiosité technique, un « parce que je peux » qui fait sourire autant qu’il impressionne.
EverDrive et cartouche obligatoire
Pour faire tourner LinuxMD chez soi, il faut trois choses : une Mega Drive qui fonctionne encore (pensez à dépoussiérer la grille de la console), une cartouche EverDrive, ce petit périphérique qui permet de charger des jeux et logiciels tiers via le port cartouche, et un câble USB pour relier le tout à un PC. Palmer prévient que la décompression du kernel est d’une lenteur dingue, mais que les instructions sont simples à suivre pour qui a un peu de pratique.
L’émulateur classique n’est pas une option : LinuxMD ne fonctionnera pas sur un logiciel comme Kega Fusion ou Gens, car le projet dépend de composants spécifiques à la cartouche EverDrive que les émulateurs grand public n’émulent pas. Un fork de QEMU est fourni par Palmer pour reproduire l’expérience sur PC, mais l’auteur prévient que la sensation sera différente : QEMU émule le CPU bien trop rapidement comparé au hardware original.
68000 : le cœur qui bat encore
Le Motorola 68000, véritable légende de l’architecture 16/32-bit, a équipé non seulement la Mega Drive mais aussi les premiers Macintosh, l’Amiga, la Neo Geo et même des bornes d’arcade. Voir du code tourner dessus en 2026, c’est un peu comme retrouver un vieux copain de lycée dans une conférence tech : ça surprend, ça fait plaisir, et ça rappelle d’où on vient. Le 68000 n’est pas mort, il fait juste du Linux maintenant.
Le 68000 de la Mega Drive n’a pas de MMU, et c’est précisément ce qui rend le port intéressant : il démontre que Linux peut fonctionner sur du matériel conçu avant l’invention du Web tel qu’on le connaît. La transmission série utilisée par la cartouche EverDrive pour communiquer avec le PC est suffisamment lente pour être compatible avec à peu près n’importe quel circuit imprimé, ce qui explique le choix technique. C’est aussi un clin d’œil à l’histoire du logiciel libre : le noyau Linux a fêté ses 35 ans en 2026, et le voici qui retourne sur les terres de ses ancêtres.
Une réponse à « pourquoi ? »
À la question que tout le monde se pose : « pourquoi porter Linux sur une console de 1988 ? », la réponse tient en quelques mots. Les développeurs comme Palmer ne cherchent pas l’utilité immédiate. Ils explorent les limites de systèmes qu’on croyait figés, ils repoussent des frontières que personne n’avait tracées. Le résultat, c’est une Mega Drive qui affiche le pingouin Tux sur un écran cathodique, avec une petite LED d’activité qui clignote.
Le projet a déjà été forké et commenté sur GitHub, et les premiers retours de la communauté technique sont enthousiastes. Si l’idée de faire tourner un kernel moderne sur un circuit imprimé de 1988 vous parle, le dépôt de Palmer vous attend. Prévoyez juste une cartouche EverDrive et beaucoup de temps à perdre, comme le dit si bien l’auteur.
Ce genre de projet n’est pas qu’une simple démonstration technique. Il rappelle que le noyau Linux, conçu à l’origine pour des processeurs 32 bits avec MMU, peut être adapté à des architectures bien plus modestes. Les systèmes embarqués modernes, des routeurs aux stations météo connectées, doivent beaucoup à cette flexibilité. Voir LinuxMD tourner sur une Mega Drive, c’est un peu comme regarder un moteur de Formule 1 tourner dans un châssis de 2CV : ça n’a pas d’utilité pratique immédiate et la performance n’est pas au rendez-vous, mais ça prouve ce dont le moteur est vraiment capable.
Et si vous croisez un ingénieur système qui se plaint que son environnement de build est « lent », montrez-lui une capture de LinuxMD. Il y a toujours pire.
