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    Chine-Russie : le plan secret pour détruire Starlink

    Fabien DouéPar Fabien Doué17 juillet 2026Aucun commentaire5 Minutes de Lecture
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    La Chine et la Russie ont conçu un plan commun en trois phases pour détruire la constellation Starlink, quitte à sacrifier leurs propres satellites. Des documents confidentiels obtenus par The Insider et Der Spiegel détaillent cette stratégie militaire sans précédent.

    C’est le media The Insider et l’hebdomadaire allemand Der Spiegel qui ont révélé ces documents classifiés, transmis par une source anonyme il y a plus d’un an. Ils proviennent du troisième forum de coopération militaro-technique entre la Chine et la Russie, une réunion bilatérale secrète organisée chaque année depuis 2020. En novembre 2023, à Canton, des chercheurs chinois de la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC) ont présenté leur plan contre Starlink. La CASC, entreprise d’État, pilote les lanceurs Long March et une grande partie des satellites militaires chinois.

    Starlink a changé la donne militaire en Ukraine. En novembre 2023, les forces ukrainiennes utilisaient plus de 40 000 terminaux pour les communications de commandement, le pilotage de drones et les évacuations sanitaires. Le réseau décentralisé de SpaceX, avec ses liaisons laser entre satellites et ses centaines de stations au sol, rend toute attaque complexe. La destruction d’une station ne réduit pas la capacité du réseau. Les chercheurs chinois présentent cette résilience comme une menace directe, qualifiant Starlink de « blocus » orbital qui occupe les bandes de fréquences au détriment de la concurrence.

    Diplomatie, brouillage, destruction : la stratégie à trois étages

    Le plan chinois s’articule en trois phases. La première mobilise le droit international et la diplomatie, avec des pressions contre l’expansion de Starlink au nom du risque de collisions, un argument juridique qui prépare le terrain. La deuxieme étape consiste à saturer l’Union internationale des telecommunications (UIT) de demandes de frequences et de créneaux orbitaux, pour préempter ceux visés par SpaceX. Un brouillage électromagnétique régional accompagne ces manœuvres administratives. La troisième phase prévoit la paralysie physique du réseau via des cyberattaques par les terminaux et des armes antisatellites bon marché, censées détruire les satellites plus vite que SpaceX ne les remplace.

    Les deux pays passent déjà à l’acte. La Russie brouille les terminaux Starlink sur le front ukrainien. La presse chinoise a annoncé la conception d’une arme à micro-ondes au sol capable de menacer l’orbite basse. L’OTAN surveille un projet russe d’éjection de projectiles dans l’orbite d’une constellation. En juin 2023, une délégation chinoise a signé un contrat d’armement avec Almaz-Antey, le premier fabricant russe de défense antiaérienne.

    Syndrome de Kessler : l’effet boomerang qui inquiete

    Le problème, c’est que les satellites chinois et russes seraient aussi victimes de l’attaque. Un satellite pulvérisé en orbite basse génère des milliers de débris qui y restent pendant des décennies, pulvérisant à leur tour d’autres satellites. Le tir antisatellite chinois de 2007 a créé plus de 2 700 debris, toujours en orbite. Celui de la Russie en 2021 en a ajouté environ 1 500. Les astrophysiciens Donald Kessler et Burton Cour-Palais ont décrit cet emballement en 1978 : le syndrome de Kessler, qui rendrait l’orbite basse inutilisable pour tous.

    L’arme nucléaire orbitale, la menace ultime

    La Russie prepare une arme encore plus radicale. Le traité de l’espace de 1967 interdit toute arme nucléaire en orbite, mais Moscou travaillerait sur un satellite porteur d’une charge nucléaire. Une explosion en orbite basse piégerait des particules chargées autour de la Terre pendant 300 jours, grillant les circuits de tous les satellites de la zone. Le risque serait maximal pendant les 20 premiers jours. La Chine a beaucoup à perdre : ses constellations Guowang et Qianfan comptent déjà plus de 350 satellites lancés, sur plus de 28 000 prévus. Guowang vise 310 satellites fin 2026 et 900 par an en 2028.

    Reste un paradoxe : la Russie, avec son retard dans les constellations (Bureau 1440 ne vise que 288 satellites pour 2027), a moins à perdre que la Chine en orbite basse. Assez pour expliquer pourquoi Moscou serait prêt à franchir le pas. Les deux alliés cherchent à abattre un reseau dont dependent aussi leurs propres programmes, un equilibrage geopolitique aussi risqué que les débris qu’il produirait.

    Cette cooperation militaire sino-russe dépasse la simple menace antisatellite. Les memes documents du forum de Canton couvrent cinq domaines, des armes antisatellites à l’aviation de combat. La Russie accueillera le sixième rendez-vous à Saint-Petersbourg en décembre 2026. L’OTAN suit de près ces développements, conscients que l’architecture spatiale civile (communications, GPS, observation terrestre) repose sur les mêmes orbites que Starlink.

    Côté américain, SpaceX continue de déployer Starlink à un rythme soutenu. La constellation compte désormais plus de 7 000 satellites actifs, avec une capacité de production qui lui permet de renouveler rapidement ses effectifs orbitaux. Un avantage que la Chine et la Russie cherchent a neutraliser par des armes asymetriques : cyber, micro-ondes ou projectiles, avant de pouvoir deployer leurs propres boucliers orbitaux. La question n’est plus de savoir si une attaque aura lieu, mais quand et sous quelle forme.

    Les documents complets sont consultables dans l’enquête conjointe de The Insider et Der Spiegel, publiée le 9 juillet 2026.

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