L’interdiction de Fable 5 et Mythos ne serait pas qu’une question de jailbreak. Selon Semafor, le vrai déclencheur de la riposte de Washington serait la suspicion qu’un groupe lié à la Chine ait déjà mis la main sur le modèle le plus avancé d’Anthropic.
Le 13 juin 2026, Anthropic désactivait Fable 5 et Mythos 5 pour tous les utilisateurs dans le monde. Officiellement, l’ordre émanait du département du Commerce américain, invoquant des « autorités de sécurité nationale » sans donner de détails précis. Mais un rapport de Semafor, publié le lendemain, vient d’éclairer les motivations réelles de la Maison-Blanche : la crainte que Pékin ait déjà accédé à Mythos.
On ne parle plus d’un débat sur la sécurité des modèles. On parle d’espionnage industriel à l’échelle d’un État.
Mythos, l’arme à double tranchant
Pour comprendre la panique, il faut revenir sur ce qu’est Mythos. Lancé le 4 avril 2026 dans le cadre du Project Glasswing, ce modèle est présenté par Anthropic comme le plus avancé jamais conçu, selon CNBC. Sa spécialité : détecter des failles dans le code informatique avec une précision que même ses créateurs jugent « inquiétante ». L’accès était strictement réservé à un cercle fermé d’entreprises de cybersécurité.
Le risque est symétrique : l’outil peut repérer les vulnérabilités pour les corriger, ou les exploiter pour lancer des cyberattaques. « On parle d’un outil qui pourrait servir aussi bien à repérer les failles qu’à les exploiter pour des attaques », résume Les Numériques. Anthropic a toujours refusé toute commercialisation grand public de Mythos. Fable 5, sa version bridée dotée de garde-fous, a été rendue accessible le 9 juin 2026. Elle n’aura tenu que quatre jours.
La Chine dans l’équation
Selon une source proche du dossier citée par Semafor, l’administration Trump aurait imposé ces restrictions en partie parce qu’un groupe lié à la Chine aurait accédé à Mythos. Les détails restent flous : on ignore comment la Maison-Blanche l’a appris, quelle organisation est impliquée et par quel moyen l’accès a été obtenu. Mais les implications sont considérables.
Deux risques majeurs sont identifiés. Le premier, direct : Pékin pourrait utiliser Mythos pour orchestrer des cyberattaques offensives contre des cibles américaines. Le second, plus insidieux : la distillation. Cette technique permet d’entraîner un modèle « étudiant » à reproduire le comportement d’un modèle plus avancé, sans jamais accéder à son code source. En clair, le savoir-faire d’Anthropic pourrait être dupliqué en quelques semaines, comme le détaille The Verge.
Amazon, l’intermédiaire qui dérange
Un autre acteur émerge dans ce feuilleton : Amazon. Selon une source proche de la Maison-Blanche, c’est l’entreprise de Jeff Bezos, investisseur majeur dans Anthropic, qui aurait alerté le gouvernement sur le jailbreak de Fable 5. Son PDG, Andy Jassy, a servi d’intermédiaire entre les autorités et Anthropic, un rôle confirmé par Semafor.
Le porte-parole d’Amazon botte en touche : « les gouvernements sollicitent régulièrement nos conseils sur des risques de sécurité potentiels ». Mais cette position met le géant du cloud dans une posture délicate, actionnaire d’Anthropic d’un côté, lanceur d’alerte auprès de l’administration de l’autre. Difficile de faire plus schizophrène comme position.
La version officielle ne tient plus
David Sacks, conseiller IA de Donald Trump, a publié sa propre version des faits sur X : le gouvernement aurait averti Anthropic d’un jailbreak sur Fable 5, et le PDG Dario Amodei aurait refusé de corriger la faille ou de retirer le modèle. Sacks reproche à Anthropic d’avoir « priorisé l’offre commerciale sur la sécurité ».
Mais le rapport Semafor change la donne. Anthropic a précisé que la Maison-Blanche « n’a pas évoqué la Chine dans ses discussions » sur l’interdiction. Si la suspicion chinoise est le vrai motif, Washington a choisi de ne pas la mentionner officiellement, peut-être pour éviter une escalade diplomatique.
Cette crise s’inscrit dans un contentieux plus large entre Anthropic et le gouvernement américain. Plus tôt cette année, le Pentagone a déclaré Anthropic « risque pour la chaîne d’approvisionnement », une étiquette historiquement réservée aux adversaires étrangers, comme le rapporte CNBC. Anthropic a poursuivi l’administration Trump pour faire annuler cette décision. Le litige est toujours en cours.
Discord, la brèche qu’on a oubliée
Ce ne serait pas la première fois que Mythos tombe entre de mauvaises mains. Avant la révélation Semafor, un groupe Discord avait obtenu un accès non autorisé au modèle pendant deux semaines avant qu’Anthropic ne découvre la brèche et coupe l’accès. Plusieurs personnes non autorisées auraient déjà accédé à Mythos depuis son lancement en avril 2026.
La stratégie d’Anthropic, cercle restreint d’utilisateurs de confiance, montre ses limites face à des adversaires motivés et organisés. Comme le note The Verge, « si le gouvernement chinois avait effectivement accédé à Mythos 5 ou Fable 5, cela représenterait un risque sérieux pour la sécurité nationale ».
À lire aussi : notre article sur l’interdiction de Fable 5 ordonnée par Washington, et celui sur le blocage du modèle chez Microsoft.
Reste une question qui vaut son pesant de GPU : si la Chine a vraiment mis la main sur Mythos, combien de temps avant qu’un clone ne fasse son apparition ?
