C’est la ligne rouge que tout le monde voyait venir et que personne ne voulait voir franchie. Pour la première fois dans l’histoire, des drones 100 % autonomes dopés à l’intelligence artificielle ont tué des soldats sur un champ de bataille, sans qu’aucun humain n’appuie sur un bouton.
L’information, révélée ce 11 juin 2026 et confirmée par le New Scientist, vient d’Alexander Kokhanovskyy, figure de l’industrie de défense ukrainienne. Le test remonte à environ deux ans, près de Bakhmut et Chasiv Yar, au cœur d’une contre-offensive ukrainienne. Dix drones quadricoptères, programmés pour voler 3 à 5 km en une dizaine de minutes, ont activé un mode de frappe autonome sobrement baptisé « Terminator », sans liaison vidéo ni contrôle humain. Le résultat, vérifié après coup par des drones pilotés manuellement : « quelques soldats, un camion ».
Kokhanovskyy ne fait pas dans la nuance : « Il n’y a aucune connexion avec le drone, on ne voit pas la vidéo, rien. Tout ce qu’il voit sera tué. » Un test unique, jamais déployé à plus grande échelle, selon ses dires. Mais le Rubicon algorithmique est traversé.
« Terminator mode », ce n’est pas un nom de code pour faire joli

Le mécanisme est d’une simplicité glaçante. Les dix drones, des quadricoptères standards, embarquent un modèle d’IA entraîné à identifier des cibles humaines et matérielles. Une fois lancés, ils opèrent sans aucun lien avec un opérateur : pas de flux vidéo, pas de télémétrie, pas de commande humaine possible. L’algorithme décide seul qui vit et qui meurt.
Kokhanovskyy affirme ne pas avoir été présent personnellement lors du test, et précise que le projet n’a pas été étendu depuis. Aucun détail technique, modèle de drone, type de processeur embarqué, algorithme utilisé, n’a été divulgué. Les forces ukrainiennes ont confirmé les résultats en envoyant des drones pilotés manuellement sur zone après la frappe.
Un test qui embarrasse tout le monde

Officiellement, l’Ukraine interdit l’usage de l’IA dans la phase finale d’interception des cibles. Le major Danylo Polozhukhno, du 21e Régiment de systèmes autonomes ukrainien, confirme auprès du New Scientist que ses unités n’utilisent que des systèmes semi-autonomes avec un humain dans la boucle en permanence. Mais des discussions sont en cours pour assouplir ces règles, a reconnu Kokhanovskyy.
Le ministère ukrainien de la Défense n’a pas répondu aux sollicitations du New Scientist. Un silence qui en dit long, à l’heure où les drones FPV à guidage autonome se comptent déjà par dizaines de milliers sur le front, selon un rapport de Forbes daté de mars 2026. La bascule vers le tout-autonome n’est plus une question de technologie, c’est une question de doctrine.
L’ONU crie au scandale, la Silicon Valley signe des contrats

La réaction institutionnelle ne s’est pas fait attendre. António Guterres, secrétaire général des Nations Unies, a réitéré son appel à l’interdiction totale des systèmes d’armes létaux autonomes (SALA) : « Ils n’ont pas leur place dans notre monde. » Mariarosaria Taddeo, chercheuse à l’Université d’Oxford, qualifie auprès du New Scientist la situation « d’horrible » et pose la question qui fâche : « Voulons-nous être la société qui permet à son gouvernement de tuer d’autres personnes sans qu’aucun humain ne soit impliqué ? »
Pendant ce temps, les grands noms de l’IA accélèrent leur pivot défense. Anthropic a déployé son modèle Mythos pour la cyberdéfense américaine via le projet Glasswing. OpenAI, qui interdisait encore l’usage militaire début 2024, a levé cette restriction et s’est associé au fabricant de drones de combat Anduril. L’administration Trump a fait de l’intégration de l’IA dans la défense une priorité stratégique. Le décalage entre le discours onusien et la réalité industrielle est total.
Ce n’est pas la première alerte. En 2021, un rapport de l’ONU suggérait qu’un drone Kargu-2 de fabrication turque avait pu attaquer des humains de manière autonome en Libye en 2020, sans que les détails des pertes humaines ne soient confirmés. Mais le test ukrainien change d’échelle : il s’agit d’une opération planifiée, documentée par un acteur étatique, avec un mode opératoire explicite. La différence entre un incident suspecté et un test revendiqué est abyssale.
ALITA : la suite logique, déjà en précommande

Kokhanovskyy n’a pas fini de faire parler de lui. Il est aujourd’hui PDG d’Aero Center, une entreprise qui développe ALITA, un système intercepteur de drones autonomes conçu pour neutraliser les Shahed russes qui menacent les infrastructures civiles ukrainiennes. Au programme : 16 rampes de lancement, 64 drones, détection automatique des menaces, 450 km/h, le tout supervisé par deux opérateurs humains seulement. Livraison prévue en octobre 2026.
Le système respecte la doctrine actuelle, l’humain valide la phase finale, mais Kokhanovskyy ne cache pas ses ambitions : « Chaque étape peut être manuelle ou automatique. On n’a pas le droit de faire la dernière automatiquement. J’adorerais. » Dans un conflit où le brouillage électronique coupe les liaisons drones-opérateurs à longueur de journée, l’autonomie terminale n’est plus un luxe, c’est une nécessité tactique.
Le test de Bakhmut restera peut-être une anomalie dans les livres d’histoire, une note de bas de page sur la route des SALA. Mais la direction est claire. La seule question qui reste, c’est de savoir si on légifère avant ou après la généralisation.
