À l’approche du Privacy Research Day de la CNIL, qui se tiendra le 24 juin 2026 à Paris, un hébergeur sort du bois : Infomaniak. Certifié ISO 27001, alimenté à 100 % d’énergies renouvelables, et désormais verrouillé par une fondation suisse pour échapper aux investisseurs. Le genre de profil qui tranche dans un marché où l’hébergement web rime encore trop souvent avec data centers opaques et juridictions accommodantes.
Une fondation pour dire non aux rachats
C’est le move qui a fait lever quelques sourcils dans le petit monde de l’hébergement. Le 20 mai 2026, Boris Siegenthaler, fondateur d’Infomaniak, a transféré la majorité des droits de vote de l’entreprise à une fondation suisse d’utilité publique. En clair : personne ne pourra racheter Infomaniak sans l’accord de cette fondation.
Dans un secteur où les consolidations vont bon train, entre OVHcloud qui absorbe, les GAFAM qui gobent tout ce qui bouge et les fonds d’investissement qui retournent les hébergeurs comme des crêpes, le geste est politique. Infomaniak revendique une indépendance structurelle, pas marketing. La fondation n’a pas de but lucratif, elle est régie par le droit suisse, et sa mission est limpide : garantir que l’infrastructure cloud reste sous contrôle éthique.
Un positionnement qui parle, surtout quand on sait que Paul Such, figure historique de la cybersécurité suisse et fondateur de SCRT (racheté par Orange Cyberdefense), a rejoint le conseil d’administration. Bref, on est loin du hébergeur à 2 euros qui revend trois fois par an.
Des données sous clé suisse, loin du Cloud Act
La juridiction, c’est le nerf de la guerre. Les data centers d’Infomaniak sont situés à Genève, dans des installations Tier III+ dont l’emplacement exact reste confidentiel. Accès par sas, identification biométrique, redondance électrique n+1 : le cahier des charges parle à n’importe quel DSI qui a déjà géré un incident de sécurité.
Mais le vrai argument, c’est juridique. Héberger en Suisse, c’est sortir ses données du périmètre du Cloud Act américain. Cette loi, adoptée en 2018, permet aux autorités américaines d’accéder aux données stockées par des entreprises sous juridiction US, même si les serveurs sont en Europe. Un casse-tête pour toute boîte française qui manipule des données sensibles et qui se retrouve chez AWS, Google Cloud ou Azure.
Infomaniak coche aussi les cases réglementaires qui rassurent : certifié ISO 27001 pour la sécurité des systèmes d’information, ISO 14001 pour le management environnemental (premier hébergeur européen à l’avoir décrochée), ISO 50001 pour l’énergie, et un Data Protection Officer dédié. La nLPD suisse, cousine du RGPD, encadre le tout.
Privacy Research Day : la CNIL met les chercheurs dans la boucle
Le 24 juin 2026, la CNIL organise la 5e édition de son Privacy Research Day, un événement hybride (Paris et en ligne) qui fait le pont entre le monde académique et les régulateurs. Au menu : trois panels sur la régulation de l’IA, la détection automatisée des dark patterns, et les techniques de tracking qui contournent les protections des OS mobiles.
L’événement n’est pas anodin : il se tient la veille de la table ronde des autorités de protection des données du G7, que la CNIL accueille en 2026. Jamais la recherche sur la vie privée n’aura eu autant d’oreilles attentives dans les sphères réglementaires.
C’est dans ce contexte que le positionnement d’Infomaniak prend tout son sens. L’hébergeur ne se contente pas de sponsoriser l’événement : son modèle tout entier est une réponse opérationnelle aux questions que les chercheurs posent depuis dix ans. Où vont les données ? Qui peut y accéder ? L’infrastructure est-elle indépendante des pressions économiques et géopolitiques ?
L’écosystème qui chatouille les GAFAM
Au-delà de l’hébergement brut, Infomaniak pousse une suite collaborative complète, kSuite Pro, qui regroupe messagerie (kMail), stockage cloud (kDrive) et visioconférence (kMeet), le tout couplé à OnlyOffice pour la bureautique. L’alternative aux Google Workspace et Microsoft 365 est assumée.
L’argument massue : les données utilisateurs de la suite ne servent pas à entraîner des modèles d’IA. Euria, l’assistant IA d’Infomaniak, fonctionne sans exploiter les données clients pour son apprentissage. Une différence notable avec les pratiques des géants américains, qui aspirent tout ce qui passe pour nourrir leurs LLM.
Reste que l’écosystème a ses limites. Les intégrations tierces sont moins denses que chez les leaders du marché, et certaines automatisations avancées restent en développement. Mais pour une PME, une agence web ou un indépendant qui veut dormir sur ses deux oreilles sans se demander où finissent ses données, la proposition tient la route. L’entrée de gamme démarre à 5,75 € HT par mois, avec 250 Go de stockage SSD et jusqu’à 20 sites.
Le Privacy Research Day du 24 juin rappellera une vérité que le marché de l’hébergement a parfois tendance à oublier : la confidentialité n’est pas une option payante, c’est une condition de départ. Infomaniak semble l’avoir compris avant que les régulateurs ne le rappellent.
