
Linux 7.1 est sorti le 14 juin 2026 avec une petite avance sur le planning, Linus Torvalds ayant calé le lancement sur son fuseau horaire de vacances. Un détail qui fait sourire, mais ce noyau n’a rien d’anecdotique : derrière le commit final, c’est une des mises à jour les plus tangibles pour les utilisateurs depuis longtemps.
Quarante millions de lignes de code, un pilote NTFS entièrement réécrit, 140 000 lignes de code obsolète passées à la trappe, et des corrections qui touchent directement le quotidien des utilisateurs de Steam Deck, de MacBook sous Asahi Linux ou de machines Intel récentes. On fait le tour.
NTFS natif : le calvaire des disques Windows est terminé
Namjae Jeon, le développeur sud-coréen derrière ce nouveau pilote, a passé quatre ans à réécrire le support NTFS pour le noyau Linux. Le résultat est intégré directement dans le kernel, sans module externe à charger, contrairement au vénérable NTFS-3G qui servait de béquille depuis des années.
Le chiffre qui retient l’attention : jusqu’à 110 % de vitesse d’écriture en plus en multi-thread. Le montage d’un lecteur NTFS est quatre fois plus rapide qu’avec l’ancien module. Pour quiconque jongle entre Windows et Linux sur un dual-boot ou un disque externe, la différence est immédiate, et elle ne demande aucune configuration particulière une fois le noyau compilé avec l’option adéquate.
Le pilote coexiste pacifiquement avec NTFS-3G et le driver NTFS3 de Paragon, activable via la configuration du noyau. Fedora et Ubuntu devraient l’intégrer dans leurs dépôts dans les mois qui viennent, ce qui démocratisera l’accès à ces performances sans recompilation manuelle.
Apple Silicon, Steam Deck, AMD : le matos mieux traité
Les propriétaires de MacBook M1 ou M2 sous Asahi Linux peuvent enfin consulter l’état de leur batterie, la température et la tension directement depuis le système, sans bidouille. Le pilote macsmc-power, issu du travail de la communauté Asahi, est désormais upstream, ce qui signifie qu’il sera maintenu dans la durée et non plus comme un patch externe à réappliquer à chaque montée de version.
Côté gaming, le Steam Deck OLED récupère le son sur le noyau vanilla. Le bug, qui affectait la puce audio CS35L41 de Cirrus Logic, traînait depuis le lancement de la console en 2023. Torvalds a explicitement salué la correction dans ses notes de release, un geste rare qui souligne l’importance de ce fix pour la communauté gaming Linux.
Pour les machines sous processeur AMD, le noyau 7.1 gère désormais automatiquement les profils énergétiques selon que la machine est sur secteur ou sur batterie, sans intervention utilisateur. Sur les puces Intel récentes (Panther Lake et au-delà), la technologie FRED (Flexible Return and Event Delivery) est activée par défaut, avec un gain mesuré de 4 à 7 % sur les benchmarks. AMD Zen 6 devrait en bénéficier également, ce qui en fait un investissement architectural plutôt qu’un one-shot Intel.
Du côté GPU, les cartes Intel Arc Battlemage profitent d’un pilote graphique accéléré dans cette release, tandis que les anciennes Radeon AMD reçoivent également des optimisations. Les joueurs Linux ne sont pas oubliés, et c’est une bonne nouvelle pour un écosystème gaming qui dépend encore largement de la couche de compatibilité Proton.
140 000 lignes à la benne, et un noyau qui maigrit
Torvalds et ses contributeurs ont profité de cette release pour un grand nettoyage de printemps, avec un mois de retard sur la saison mais une efficacité chirurgicale. Parmi les victimes : les pilotes ISDN (RIP, 1988-2026), le support du processeur Intel 486, et les anciens pilotes PCMCIA dont plus personne ne se servait depuis l’ère Bush. Résultat : un noyau plus léger, une surface d’attaque réduite, et moins de code à maintenir pour les mainteneurs, qui sont déjà suffisamment sous l’eau avec les 40 millions de lignes restantes.
Ce nettoyage n’est pas cosmétique. Chaque ligne de code supprimée, c’est un bug potentiel en moins, une faille de sécurité qui ne sera jamais découverte, et un test de régression qui ne plantera plus. Dans un noyau qui tourne sur des milliards d’appareils, des serveurs cloud aux montres connectées en passant par les rover martiens, l’hygiène du code est une question de survie, pas de style.
Michael Larabel, de Phoronix, note aussi une tendance émergente dans ce cycle : les bugs remontés par des IA et des LLMs sont en nette augmentation. Des patches générés ou suggérés par des modèles de langage ont été soumis, parfois acceptés, parfois rejetés après vérification humaine. Une pratique qui divise la communauté kernel, entre ceux qui y voient un outil de triage utile et ceux qui redoutent une dilution de la qualité des contributions.
Le merge window de Linux 7.2 est déjà ouvert. Au programme des réjouissances : le support des Apple M3, l’USB4Stream pour les périphériques haut débit, le Cache Aware Scheduling pour optimiser les tâches sur les CPU hybrides, et le HDMI 2.1 FRL pour les GPU AMD. La première release candidate est prévue pour le 28 juin 2026. En attendant, le 7.1 est disponible sur git.kernel.org pour les impatients, et dans les dépôts des distributions pour les sages.
