Nvidia muscle son infrastructure IA avec le CMX, un système de stockage embarquant 576 SSD et 9,6 pétaoctets par unité. Une boulimie de mémoire NAND qui menace d’assécher le marché grand public et de faire flamber les prix des PC, consoles et smartphones.
L’intelligence artificielle générative a un appétit insatiable, et Nvidia vient de lui trouver un nouveau garde-manger. Avec son système CMX (Context Memory Storage), le géant des GPU s’attaque au goulot d’étranglement qui freine les phases d’inférence IA : le KV cache. Ces données contextuelles, générées en continu lors des calculs par les modèles de langage, saturaient jusqu’ici la VRAM des cartes graphiques. Nvidia y répond par une architecture de stockage d’une densité inédite, taillée pour les data centers de nouvelle génération.
576 SSD, 9,6 Po : l’appétit du géant
Chaque unité CMX intègre 576 SSD, pour une capacité cumulée de 9 600 To (9,6 pétaoctets). Une densité qui fait basculer le besoin en puces mémoire NAND dans une échelle industrielle jusque-là réservée aux plus gros acheteurs de la planète. Selon Les Numériques, relayé par LeMagIT et Le Monde Informatique lors du GTC 2026, la demande en NAND associée au CMX est estimée à 35 millions de téraoctets cette année, et devrait exploser au-delà des 100 millions de téraoctets dès l’année prochaine.
Pour donner un ordre de grandeur : un seul système CMX engloutit l’équivalent de 40 % de la production annuelle de mémoire NAND de Samsung, le numéro un mondial du secteur, dont la capacité de production tourne autour de 250 millions de téraoctets par an. Nvidia a d’ailleurs formellement demandé au géant sud-coréen d’étendre d’urgence sa fabrication de puces V-NAND, le forçant à réorienter ses lignes de production.
Pénurie en cascade sur le grand public
Ce qui se joue dans les data centers ne restera pas confiné aux serveurs. En drainant une part massive des volumes NAND disponibles, Nvidia assèche l’approvisionnement des autres segments de marché. Les SSD grand public, les PC portables, les consoles de jeu, les smartphones et les SSD externes font face à une raréfaction de l’offre qui devrait se traduire par une hausse généralisée des prix dans les mois à venir.
Cette situation rappelle la pénurie de GPU qu’a connue le marché entre 2021 et 2023, où la demande des mineurs de cryptomonnaies et des data centers avait vidé les rayons. Cette fois, c’est la mémoire qui passe sous tension. Les consommateurs risquent de voir le prix des SSD grimper de 20 à 30 % d’ici la fin de l’année, selon les analystes du secteur.
Une demande dopée par l’inférence IA
L’explosion du CMX s’explique par un changement de paradigme dans l’IA. Longtemps concentrée sur l’entraînement des modèles, l’industrie entre dans une phase où l’inférence devient le moteur principal de la demande en calcul et en stockage. L’utilisation concrète des modèles en production nécessite des ressources bien supérieures à la phase d’apprentissage. Chaque requête à un LLM génère des données de contexte (le KV cache) qui doivent être conservées et accessibles en temps réel. À l’échelle de millions d’utilisateurs simultanés, cela représente des volumes de données qui dépassent de loin ce que les architectures actuelles peuvent absorber en VRAM seule.
Nvidia capitalise sur ce constat avec le CMX, mais la facture est lourde pour l’écosystème. Samsung, Kioxia, Micron et SK Hynix se retrouvent à devoir arbitrer entre des contrats juteux avec Nvidia et un marché grand public qui risque de manquer de puces. Pour l’instant, les signaux sont clairs : les fabricants privilégient les marges des data centers au détriment du grand public.
Quelles conséquences pour les pros de la tech ?
Pour les entreprises et les professionnels de l’informatique, cette annonce a des implications concrètes. D’abord sur le budget matériel : les serveurs équipés de SSD NVMe pour les workloads IA risquent de voir leurs prix grimper dans les prochains trimestres. Ensuite sur la planification des achats : anticiper les commandes de stockage dès maintenant peut permettre d’éviter les hausses et les ruptures d’approvisionnement attendues pour le premier semestre 2027.
Du côté des datacenters, la donne change aussi. L’arrivée du CMX pousse les opérateurs à revoir leurs architectures de stockage pour intégrer ces systèmes à haute densité. Les DSI doivent arbitrer entre la puissance de calcul offerte par les GPU Nvidia et la facture mémoire qui s’alourdit. Une équation d’autant plus complexe que la demande en inference IA ne cesse de croître, portée par le déploiement de ChatGPT, Claude et autres LLM dans les processus métier.
En attendant, le marché du SSD grand public devrait connaître une année 2027 sous tension. Les fabricants comme Samsung, WD ou Micron pourraient être contraints de réduire leurs volumes destinés aux particuliers, ou d’augmenter leurs prix de 20 à 30 % selon les analystes. Un scénario qui n’est pas sans rappeler la flambée des GPU en 2021, quand Nvidia donnait la priorité aux data centers.
