Impossible d’utiliser Samsung Health sans livrer vos données à l’IA : le constructeur sud-coréen vient d’activer une option qui, si vous refusez le partage, efface tout votre historique de santé. La polémique enfle à quelques jours de la présentation des Galaxy Watch 9, et les associations de défense des consommateurs commencent à s’émouvoir.
Consentement imposé, option activée par défaut
Depuis quelques jours, les utilisateurs de Samsung Health découvrent une nouvelle option dans l’application. Intitulée «Consentement à l’utilisation des données de santé pour l’entraînement et la modélisation de l’IA», elle autorise le géant coréen à exploiter un large spectre d’informations : activités physiques, historiques médicaux, traitements médicamenteux et cycles menstruels. Le hic : l’option est activée par défaut. Pour la désactiver, il faut fouiller dans les paramètres et accepter la conséquence immédiate. Selon le message d’avertissement, la synchronisation avec le cloud est interrompue et l’intégralité de l’historique de santé est définitivement supprimée des serveurs.
Le média How-To Geek, qui a révélé l’information le 10 juillet, précise que ces données servent à améliorer les algorithmes d’analyse de Samsung Health, avec une révision humaine possible. Les processus incluent l’optimisation des recommandations d’entraînement, l’étude du sommeil et l’analyse des choix nutritionnels. Le journaliste Jon Fingas a publié des captures d’écran montrant le dialogue tel qu’il apparaît sur les appareils des utilisateurs concernés.
Un tollé rapide et une clarification tardive
La nouvelle a provoqué une vague d’indignation dans la communauté tech. Android Authority a contacté Samsung le 13 juillet pour obtenir des éclaircissements. Le constructeur a finalement reconnu que le message d’avertissement était trompeur : seules les données spécifiquement copiées pour l’entraînement de l’IA seraient effacées en cas de refus, pas l’ensemble de l’historique de santé. Samsung s’est engagé à reformuler le dialogue. Une clarification qui n’efface pas le malaise.
L’entreprise n’a en revanche pas apporté de réponse claire sur les mesures d’anonymisation appliquées aux données collectées, ni sur la durée de conservation des informations après entraînement. Interrogé sur ce point par Android Authority, Samsung est resté silencieux. La question est centrale : les données de santé font partie des informations les plus sensibles qu’une personne puisse confier à une entreprise technologique. Sans garantie d’anonymisation, le risque de réidentification est bien réel.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de marchandisation des données personnelles par les géants de la tech. Apple, Google et Meta ont chacun été épinglés ces derniers mois pour des pratiques similaires. La décision de la CNIL en juillet 2026 sur les pixels de suivi dans les emails montre que les régulateurs européens commencent à serrer la vis. Reste à savoir s’ils s’intéresseront à ce cas précis.
Le timing des Galaxy Watch 9 en question
Cette politique agressive intervient alors que Samsung prépare le lancement de ses Galaxy Watch 9, attendues le 22 juillet lors de l’événement Unpacked. Les nouvelles montres doivent embarquer une refonte graphique majeure de l’application Santé, avec des fonctionnalités dopées à l’IA : recommandations d’entraînement personnalisées, analyse avancée du sommeil et conseils nutritionnels en temps réel. Les améliorations seront également déployées sur les modèles plus anciens au fil des mises à jour.
How-To Geek confirme que les fonctionnalités IA seront d’abord disponibles sur la Galaxy Watch 9, avant d’être progressivement étendues aux générations précédentes. Samsung avait déjà dévoilé en juin un aperçu de cette refonte, promettant des recommandations de workout générées par IA et une analyse plus fine des cycles de sommeil. Pour alimenter ces algorithmes, le constructeur a besoin de données volumineuses et variées. La méthode choisie, le consentement forcé, interroge sur l’équilibre entre innovation et respect de la vie privée.
Le timing pose question. En imposant cette collecte quelques jours avant le lancement de ses nouvelles montres connectées, Samsung prend le risque d’une controverse qui pourrait entacher l’arrivée des Galaxy Watch 9. Les utilisateurs les plus sensibles à la protection de leurs données personnelles pourraient se détourner de la marque. Les analystes du secteur suivent de près la réaction du marché.
Que faire si vous utilisez Samsung Health
Pour les utilisateurs souhaitant conserver le contrôle de leurs données, une option existe : se rendre dans les paramètres de confidentialité de Samsung Health et désactiver l’option «Consentement à l’utilisation des données de santé pour l’entraînement et la modélisation de l’IA». La conséquence est l’effacement des données copiées pour l’entraînement, mais Samsung a désormais clarifié que l’historique principal reste intact.
La prudence reste de mise : la reformulation du dialogue d’avertissement n’est pas encore effective, et aucune information officielle n’a été publiée sur le calendrier de déploiement de cette correction. En attendant, le choix est binaire : partager ses données ou perdre l’accès à la synchronisation cloud de son historique de santé. Une position que les associations de défense des consommateurs pourraient contester devant les tribunaux, sur le fondement du règlement général sur la protection des données.
