C’est désormais officiel. Le 6 juin 2026, Bouygues Telecom, Free (Iliad) et Orange ont signé l’accord de rachat de SFR avec Altice France. La transaction valorise l’opérateur au carré rouge à 20,35 milliards d’euros et redessine en profondeur le marché français des télécoms, qui repasse de quatre à trois acteurs majeurs.
Bouygues en tête, Orange discret
Le partage du butin a fait l’objet d’âpres négociations entre les trois repreneurs. Bouygues Telecom sort grand gagnant avec 42 % des parts. Dans son escarcelle : l’activité entreprises de SFR, une portion significative du grand public et le réseau mobile dans les zones peu denses. Free, via sa maison mère Iliad, s’adjuge 31 % du capital, emportant au passage les abonnés RED by SFR et une partie des clients particuliers. Orange, leader incontesté du marché, doit se contenter de 27 %, une portion volontairement réduite pour ne pas éveiller l’attention des autorités de régulation. Un complément de prix de 650 millions d’euros est également prévu, dont le versement sera conditionné aux performances futures de l’ensemble.
Garantie d’emploi jusqu’en 2029 : les syndicats vigilants
L’accord prévoit une garantie d’emploi pour l’ensemble des salariés de SFR jusqu’au début 2029. Un engagement salué sur le principe mais jugé insuffisant par les organisations syndicales, qui redoutent les restructurations inévitables une fois la fusion digérée. Le flou persiste sur les conditions précises de cette clause et les syndicats réclament des garanties supplémentaires. En coulisses, la migration des millions de clients SFR vers les nouveaux propriétaires s’annonce comme un chantier titanesque qui mobilisera les équipes techniques pendant plusieurs années. Fréquences et infrastructures seront mutualisées pour optimiser la couverture nationale. Certains actifs restent toutefois exclus du périmètre : XP Fibre, UltraEdge et Intelcia ne changent pas de mains.
Le feu vert des régulateurs, dernière ligne droite
L’opération doit encore recevoir l’aval de l’Autorité de la concurrence, de la Commission européenne et de l’Arcep. Avec un marché qui passe de quatre à trois opérateurs, les questions de position dominante et d’impact sur les prix pour le consommateur vont logiquement s’inviter dans les débats. Une configuration qui ravive le souvenir de 2012, quand Free débarquait en cassant les tarifs, puis de 2014, lorsque Patrick Drahi mettait la main sur SFR. Douze ans de soubresauts télécoms plus tard, le carré rouge change de propriétaire. La boucle est bouclée, ou presque : dans les télécoms français, le dernier mot n’appartient jamais au scénario écrit d’avance.