Microsoft vient de signer un aveu d’échec à peine déguisé. Les API d’intelligence artificielle locale de Windows 11, jusqu’ici réservées aux PC estampillés Copilot+ et leur NPU obligatoire, s’ouvrent désormais aux bonnes vieilles GeForce RTX. Le GPU de gaming fait mieux que le NPU, et Redmond le sait.
L’information a fuité le 11 juin 2026 via une mise à jour discrète de la documentation développeur sur GitHub, repérée par Windows Latest et confirmée par Les Numériques le 15 juin. La formulation est laconique : « Les API Language Model s’exécutent désormais sur les PC non Copilot+ équipés d’un GPU compatible. » Compatible, ça veut dire Nvidia GeForce RTX série 30 ou supérieure, avec 6 Go de VRAM minimum.
421 contre 40 : le GPU écrase le NPU sans débat
Petit rappel des ordres de grandeur. Pour décrocher le label Copilot+, Microsoft exige un NPU d’au moins 40 TOPS (trillions d’opérations par seconde). Une GeForce RTX 5050, carte d’entrée de gamme de la série 50, en sort 421. La RTX 5090 ? 3 352 TOPS. On est sur un rapport de 1 à 80 entre le minimum syndical Copilot+ et le haut de gamme Nvidia.
Le modèle qui tourne sous le capot s’appelle Phi Silica, un petit modèle de langage (SLM) développé par Microsoft. Il n’est pas préinstallé : une application compatible peut déclencher son téléchargement via Windows Update, puis l’exécution se fait intégralement en local. Pas de cloud, pas de Copilot, pas de ChatGPT qui aspire vos données vers un datacenter de l’Iowa.
Ce que vous pourrez faire (et ce qui reste verrouillé)
Les API débloquées couvrent le traitement de texte au sens large : reformulation de paragraphes, résumé automatique de documents, conversion de données en tableaux, et génération de texte à partir de requêtes générales. Bref, tout ce qu’un employé de bureau fait trois fois par jour dans ChatGPT, mais sans que le service juridique ne fasse une syncope.
En revanche, Microsoft garde la bride sur trois fonctionnalités clés. Windows Recall, qui photographie votre écran toutes les cinq secondes (merci mais non merci), reste exclusif aux NPU. Idem pour Click to Do, l’assistant contextuel, et les outils de génération d’images intégrés à Paint. La segmentation est volontaire : Microsoft ne veut pas tuer son label Copilot+ d’un seul coup, il préfère l’euthanasier par étapes.
L’aveu implicite qui coûte cher
Le timing n’est pas anodin. Les PC Copilot+ sont commercialisés depuis juin 2024 et leurs ventes progressent, mais personne n’achète ces machines pour le NPU. Le renouvellement naturel du parc, les promos et la migration vers ARM suffisent à doper les chiffres. Ouvrir les API IA aux GPU, c’est reconnaître que l’argument NPU ne tient pas la route face à une GeForce qui dort déjà dans des millions de tours.
gHacks note d’ailleurs que Microsoft n’a fourni aucune indication sur un éventuel élargissement à AMD ou Intel. Pour l’instant, le ticket d’entrée est vert fluo et signé Jensen Huang. Les possesseurs de Radeon patienteront.
Pour les développeurs, le signal est clair. Microsoft a posté la mise à jour sur son dépôt GitHub le 11 juin, en taguant les API comme « expérimentales ». Derrière ce mot timide se cache une réalité : n’importe quelle application Windows peut désormais appeler Phi Silica sur un GPU Nvidia, télécharger le modèle via Windows Update si nécessaire, et proposer des fonctionnalités d’IA locale à ses utilisateurs. Pas besoin d’attendre que le parc Copilot+ atteigne une masse critique, il est déjà là. Ou presque : les possesseurs de RTX 20 ou de GTX restent sur le carreau, la limite basse étant fermement tracée à la série 30.
Le GPU gagne, comme d’habitude

La question désormais n’est plus « est-ce que l’IA locale arrive sur PC », c’est « combien de temps Microsoft va-t-il faire semblant que le NPU est indispensable ». À ce rythme, le badge Copilot+ pourrait bien rejoindre le cimetière des labels marketing aux côtés de Windows RT et des Ultrabooks certifiés Intel. Le GPU a gagné, comme d’habitude.
