Tous les cofondateurs ont fui, le recrutement est paralysé, et l’objectif officiel tient en trois mots : rattraper Claude. Bloomberg Businessweek raconte le naufrage interne de xAI, la start-up IA d’Elon Musk intégrée à SpaceX.
Onze cofondateurs envolés, une équipe senior exsangue
Selon une enquête de Bloomberg Businessweek publiée le 16 juillet 2026, xAI traverse une crise profonde. Les onze cofondateurs de la start-up ont tous quitté la société, un exode achevé fin mars 2026. Manuel Kroiss (responsable du préentraînement) et Ross Nordeen (bras droit opérationnel de Musk) ont été les deux derniers à partir, les 27 et 28 mars 2026, selon TechCrunch. Avant eux, Toby Pohlen, cofondateur et figure clé du développement de Grok, avait déjà claqué la porte en février après la fusion avec SpaceX, comme le rapportait Bloomberg à l’époque.
30 % de licenciements prévus, des RH submergées
Michael Nicolls, promu président de xAI pour tenter de remettre de l’ordre, a hérité d’un chantier colossal. En mars 2026, l’entreprise prévoyait de supprimer jusqu’à 30 % de ses effectifs. Mais l’exécution a été chaotique : des employés ont été remerciés sans même en être informés au préalable, faute de coordination interne. Côté recrutement, des candidats prometteurs passaient des entretiens puis restaient sans nouvelle, le service RH en sous-effectif criant ne parvenant pas à finaliser les dossiers. Elon Musk lui-même a reconnu en mars que xAI n’avait pas été construite correctement dès le départ et qu’elle devait être reconstruite depuis les fondations, selon Fortune.
L’obsession Claude : xAI vend sa puissance à son rival
Le détail le plus saisissant de l’enquête concerne la fixation de Musk sur Anthropic. Chaque mise à jour de Claude déclenchait une exigence immédiate : Grok devait s’aligner. Plusieurs projets internes faisaient directement référence au chatbot rival, et certains canaux Slack portaient son nom. En avril 2026, xAI n’exploitait que 11 % de sa capacité de calcul. L’entreprise a fini par vendre du compute à Anthropic elle-même, ainsi qu’à Google et à la start-up Reflection. Un afflux de revenus bienvenu, mais qui revenait à alimenter directement ses concurrents les plus redoutables. Selon Bloomberg Businessweek, l’objectif à court terme d’xAI est officiellement d’égaler les performances de Claude, un aveu d’échec stratégique pour une entreprise censée innover. Cette situation est d’autant plus embarrassante que Musk avait promis une approche radicalement différente, fondée sur une IA « maximale vérité » censée concurrencer frontalement les modèles existants. Aujourd’hui, Grok emprunte largement aux architectures de ses rivaux.
Un patron de l’auto à la tête d’une start-up IA
Certains salariés ont ouvertement mis en doute la capacité de Musk, dont l’expertise repose sur l’ingénierie spatiale et automobile, à piloter une entreprise de grands modèles de langage. Yann LeCun, figure majeure de l’IA et ancien responsable du domaine chez Meta, partageait déjà ce constat en juin 2026, qualifiant xAI d’échec, franchement. Pendant ce temps, Anthropic continue de creuser l’écart avec Claude, et les ambitions affichées d’xAI semblent chaque jour plus lointaines.
Une fusion SpaceX qui n’a pas tenu ses promesses
La fusion avec SpaceX, officialisée début 2026, devait offrir à xAI un accès privilégié à l’infrastructure de calcul et aux talents d’ingénierie du constructeur spatial. Mais l’intégration s’est révélée plus compliquée que prévu. Les tensions culturelles entre l’équipe IA et les ingénieurs de SpaceX ont été vives, et la priorisation des ressources est devenue un sujet de friction permanent. Selon Bloomberg Businessweek, certaines équipes d’xAI ont attendu des semaines pour obtenir l’accès aux clusters GPU promises, pendant que les projets de Grok prenaient un retard cumulé de plusieurs mois. La promesse d’une synergie entre IA et ingénierie spatiale ne s’est jamais matérialisée.
Un marché de l’IA qui ne pardonne pas
Dans un secteur où les cycles d’innovation se comptent en semaines, xAI accumule les retards. Anthropic a déjà déployé Claude 4.5, OpenAI peaufine son modèle o5, et Google DeepMind enchaîne les publications de recherche. Pendant ce temps, Grok peine à convaincre au-delà de la sphère Musk. Les chiffres de fréquentation et d’adoption de l’API, non publiés officiellement, seraient loin des objectifs internes, selon des sources proches du dossier. Sans cap clair ni équipe stable, xAI pourrait bien devenir le premier grand ratage de l’histoire récente de l’IA générative.
Reste un paradoxe : la fusion avec SpaceX offre à xAI une puissance de calcul considérable et un accès à des talents d’ingénierie de classe mondiale. Mais sans direction claire ni stabilité d’équipe, ces atouts pourraient bien fondre aussi vite que la confiance des investisseurs. Le compte à rebours est lancé pour Michael Nicolls et son équipe, qui doivent prouver que xAI peut encore exister dans un marché dominé par des acteurs bien mieux organisés. En attendant, l’hémorragie de talents continue et la question se pose : combien de temps Musk, absorbé par Tesla, SpaceX et sa guerre contre les régulateurs, pourra-t-il consacrer à sauver ce qui reste de sa start-up IA ?
