La pénurie de carburant qui frappe la Russie depuis plusieurs semaines provoque un effet inattendu : une ruée vers les voitures électriques et hybrides chinoises. Un concessionnaire de Moscou vend aujourd’hui en une journée ce qu’il écoulait en un mois.
Quand les drones ukrainiens mettent l’essence russe à sec
La crise remonte aux frappes de drones ukrainiens sur les raffineries russes, qui ont réduit la production d’essence et de diesel à son plus bas niveau depuis des années. Selon Les Numériques, près de 80 régions sur 83 imposent désormais des restrictions de carburant, avec des files d’attente de plusieurs heures et des pompes à sec. En Crimée, les autorités ont même interdit toute vente aux particuliers. Le prix à la pompe a grimpé parmi les plus élevés d’Europe, poussant les automobilistes à chercher des alternatives. Le média L’Energeek confirme que les frappes ukrainiennes ont ciblé des infrastructures pétrolières clés, aggravant une situation énergétique déjà tendue par les sanctions occidentales. Les Échos ont titré « Vladimir Poutine, à sec ? », illustrant l’ampleur politique de la crise.
EN Cars vend autant en un jour qu’en un mois
Le basculement est spectaculaire chez EN Cars, concessionnaire moscovite spécialisé dans les marques chinoises. Son fondateur Yevgeniy Zabelin rapporte deux à trois ventes de voitures électriques par jour, là où il en écoulait autant par mois quelques semaines plus tôt. « Depuis que la situation du carburant s’est compliquée, la demande a été multipliée », explique-t-il, cité par Les Numériques. L’intérêt s’étend aussi bien aux modèles abordables qu’au haut de gamme. Numerama confirme le phénomène et décrit une demande « deux fois plus élevée que la semaine précédente », signe que l’accélération est récente et brutale.
Hybrides rechargeables : +125 % en cinq mois
Les chiffres officiels confirment cette tendance. Sur les cinq premiers mois de 2026, la Russie a immatriculé environ 24 600 hybrides rechargeables, en hausse de 125 % par rapport à la même période en 2025. Les ventes de voitures 100 % électriques ont progressé de 19 %, à 4 460 unités. L’accélération s’est produite en juin avec l’aggravation de la pénurie : en une seule semaine, 1 754 hybrides rechargeables ont été immatriculés, soit près de la moitié de plus que la moyenne hebdomadaire de l’année. Ces chiffres, issus des données Autostat rapportées par Les Numériques et confirmés par Numerama, montrent que la tendance est structurelle, pas un simple effet d’aubaine.
Pourquoi les Russes préfèrent l’hybride à l’électrique pur
Ce choix n’est pas un hasard mais le fruit d’une réalité bien connue des automobilistes russes. Les distances immenses, le climat rude et le faible réseau de bornes de recharge freinent depuis longtemps l’adoption de la voiture 100 % électrique. L’hybride rechargeable rassure : il roule à l’essence quand la batterie ne suffit plus, ce qui élimine l’angoisse de la panne sur les routes de campagne ou en hiver sibérien. Selon Les Numériques, le nombre de bornes a augmenté de 20 % en un an, mais sans combler le retard accumulé. Un client moscovite interrogé par le média décrit bien la réalité : il recharge chez lui à la campagne, mais en ville, prévient-il, la recharge reste un vrai casse-tête, faute d’infrastructures publiques suffisantes.
Geely, Dongfeng, GAC et Chery : les gagnants de la crise
Les constructeurs chinois dominent déjà ce marché en pleine ébullition. Geely, Dongfeng, GAC et Chery signent les modèles électriques et hybrides les plus vendus en Russie. Le seul modèle produit sur place, l’Evolute, assemble des pièces détachées fournies par Dongfeng, illustrant la dépendance technologique de la Russie vis-à-vis de la Chine dans ce secteur. Mais l’offre ne suit pas la demande : Sergei Udalov, directeur du cabinet Autostat, explique que les importateurs n’avaient pas anticipé l’ampleur de la crise et manquent de stocks. Si la pénurie dure, prédit-il, la Chine sortira grande gagnante de cette transition forcée. Les VE et hybrides ne pesaient pourtant que 4,3 % des ventes automobiles russes l’an dernier, laissant entrevoir un potentiel de croissance colossal.
Le GPL, l’autre échappatoire des Russes
Tous les Russes ne se ruent pas sur l’électrique, loin de là. Beaucoup convertissent leur voiture au gaz naturel liquéfié, plus disponible et moins cher que l’essence. Selon l’association nationale du gaz carburant, citée par le quotidien Izvestia, le recours à ces installations a bondi de 35 % depuis le printemps. Le média L’Automobiliste confirme le phénomène avec un chiffre parlant : les garagistes reçoivent « 276 appels en une journée » pour des conversions au GPL, qu’ils ne peuvent plus suivre, submergés par la demande. La crise de l’essence redessine en profondeur les habitudes automobiles des Russes, entre électrification chinoise et repli sur le gaz. Une chose est sûre : le paysage automobile russe de 2026 ne ressemblera plus à celui de 2025, et les constructeurs chinois sont les mieux placés pour en profiter.
