Vingt millions de tonnes de CO2 en un an, l’equivalent de 4,5 millions de voitures thermiques. Microsoft vient de publier son rapport annuel de durabilite pour l’exercice fiscal 2025, et la courbe continue de grimper. L’IA et ses datacenters sont directement pointes du doigt, malgre des promesses de neutralite carbone d’ici 2030.
Le 9 juillet, Microsoft a rendu public son rapport environnemental pour l’exercice clos le 30 juin 2025. Le document, attendu chaque annee par les observateurs du secteur, dresse un constat sans appel : l’infrastructure necessaire a l’intelligence artificielle pese lourd sur le bilan climatique du geant de Redmond. En 2020, la firme s’etait engagee a devenir carbone negative d’ici 2030. Cinq ans plus tard, la courbe emprunte obstinement la direction opposee.
20,29 millions de tonnes : l’addition carbone de Microsoft
Les chiffres parlent d’eux-memes. Microsoft declare 20,29 millions de tonnes equivalent CO2 pour l’exercice ecoule, contre 16,2 millions l’annee precedente. Cela represente une hausse de 25 % en un seul exercice, et pres de 60 % depuis 2020, annee de reference de l’engagement carbone negatif. Le groupe precise que ses emissions correspondent aujourd’hui a celles d’environ 4,5 millions de voitures thermiques, selon sa propre methode de conversion.
Le paradoxe est que Microsoft a pourtant couvert 100 % de sa consommation electrique mondiale par des energies renouvelables sur l’exercice, un objectif qu’il s’etait fixe. Mais le renouvelable ne suffit plus. La majeure partie du carbone se loge desormais dans le beton, l’acier et les puces qui composent les centres de donnees. L’electricite des datacenters n’est plus le seul poste emetteur : leur construction est devenue le veritable gouffre carbone, et les entreprises francaises qui migrent vers le cloud doivent en tenir compte.
Un constat qui interpelle directement les DSI et responsables tech francais. Alors que les entreprises multiplient les migrations vers le cloud et les projets IA, l’empreinte reelle de ces decisions d’infrastructure est rarement integree dans les bilans carbone internes. Le rapport Microsoft montre que meme un geant aux budgets environnementaux colossaux peine a contenir l’impact de sa propre croissance numerique. Les DSI doivent desormais integrer ce cout cache dans leurs choix de fournisseurs cloud.
Datacenters IA : le beton et l’acier pire que les watts
Deux causes se conjuguent pour expliquer cette hausse. D’une part, l’expansion massive du parc de datacenters dedies a l’IA, qui necessite beton, acier et equipements reseau en quantite. D’autre part, l’arret des achats de certificats d’energie renouvelable dits non additionnels, ces credits que les critiques consideraient comme du greenwashing car ils n’ajoutaient aucune capacite propre au reseau. Ce renoncement alourdit le bilan comptable a court terme, tout en le rendant plus honnete.
Consequence directe : le scope 2, qui couvre l’electricite achetee, bondit de 2 a 13 % du total des emissions. Un saut considerable qui illustre le cout reel de l’expansion numerique quand on cesse d’utiliser des artifices comptables. Le rapport avance egalement une projection : sans les mesures deja engagees, les emissions atteindraient 34 millions de tonnes. Un chiffre a prendre avec precaution car il releve d’un scenario contrefactuel que Microsoft presente lui-meme comme directionnel, mais qui donne une idee de la trajectoire.
Pour les professionnels de la tech, cette projection est un signal d’alarme. Si les depenses d’infrastructure IA continuent de croitre au rythme actuel, l’impact climatique des datacenters deviendra un enjeu reglementaire et concurrentiel. Les directions RSE des entreprises francaises commencent deja a interroger leurs fournisseurs cloud sur l’origine de leur mix electrique et la composition de leur parc de serveurs. Une pression qui ne fera que s’intensifier.
Eau et recyclage : les veritables progres du rapport
Le tableau n’est pas entierement sombre. Pour la premiere fois, Microsoft restitue plus d’eau qu’il n’en preleve : 14,28 millions de metres cubes rendus contre 13,27 millions puises. L’indicateur d’efficacite hydrique a baisse de 25 % depuis 2022, pour un objectif de 40 % en 2030. Le groupe annonce aussi que 92 % de ses serveurs declasses ont ete reemployes ou recycles, et 90,5 % des dechets de chantier detournes des decharges.
Ces progres ne doivent pas masquer la question centrale que le rapport contourne habilement : comment Microsoft peut-il devenir carbone negatif en 2030 quand sa courbe d’emissions monte depuis cinq ans ? Aucune reponse concrete n’est apportee dans le document. La firme multiplie les initiatives vertueuses tout en voyant son empreinte carbone gonfler sous la poussee de l’IA. Un paradoxe que les 25-45 ans de la tech, premier public de learnup.fr, observent avec attention alors que l’IA continue de se deployer dans les entreprises.
Le rapport de Microsoft tombe alors que les geants americains de la tech voient tous leurs emissions exploser. Google affiche +48 % en cinq ans, Amazon +40 %. L’IA a un cout environnemental bien reel, et les promesses de neutralite carbone ne suffiront pas a effacer l’ardoise des datacenters. Prochaine echeance : 2030.
