Nvidia affine le portrait de sa puce ARM pour PC Windows. Un pilote GeForce fraichement distribué aux développeurs confirme l’existence de deux déclinaisons du RTX Spark N1X, avec des configurations très différentes selon le segment visé.
Un driver qui en dit long
Nvidia a discrètement publié une version Developer Preview 616.00 de son pilote GeForce pour Windows 11 sur ARM. Destinée à la console de développement Surface RTX Spark Dev Box de Microsoft, cette mise à jour logicielle a été passée au crible par la presse technique. Verdict : elle confirme sans ambiguïté l’existence de deux variantes distinctes du processeur RTX Spark N1X.
La version haut de gamme, baptisée N1X 675, était déjà connue. Officialisée par Nvidia le 31 mai 2026, elle embarque une partie graphique issue de l’architecture Blackwell avec 6 144 cœurs CUDA et 20 cœurs CPU. Le pilote révèle surtout l’existence d’une variante plus accessible, la N1X 650, qui se contente de 5 120 cœurs CUDA et de 18 cœurs CPU, selon Les Numériques et Clubic, qui ont tous deux analysé le driver. Les deux puces partagent la même architecture à mémoire unifiée en LPDDR5X.
Ce n’est pas la première fois que des indices sur les puces N1X filtrent par les drivers. Début juin, une fuite spec avait déjà dévoilé les grandes lignes de l’architecture. Mais ce pilote 616.00 est le premier document officiel émanant directement de Nvidia, ce qui lui donne un poids bien supérieur aux rumeurs de l’époque.
N1X 675 vs N1X 650 : un écart qui fait sens
Avec ses 6 144 cœurs CUDA, le N1X 675 affiche une configuration équivalente à celle d’une GeForce RTX 5070 pour PC fixe. Mais attention aux comparaisons trop rapides : le format mobile et des enveloppes thermiques plus contenues réduiront mécaniquement les performances brutes par rapport à une carte dédiée. La bande passante mémoire plafonne à 300 Go/s, contre 672 Go/s sur une RTX 5070 de bureau, ce qui impactera notamment les performances en jeu vidéo.
En contrepartie, la plateforme tire sa force de sa mémoire unifiée, capable de grimper jusqu’à 128 Go. Un atout de poids pour faire tourner des modèles d’intelligence artificielle particulièrement gourmands, souvent à l’étroit sur les cartes graphiques grand public traditionnelles avec leurs 12 ou 16 Go de VRAM. Le N1X 650, avec 5 120 cœurs CUDA et 18 cœurs CPU, visera probablement une gamme de prix plus accessible, tout en conservant ce précieux avantage mémoire.
128 Go unifiés : le vrai game changer pour l’IA locale
C’est là que le RTX Spark frappe le plus fort. La mémoire unifiée LPDDR5X peut atteindre 128 Go, un volume que les GPU grand public actuels ne peuvent pas offrir sans passer par des solutions professionnelles coûteuses. Pour les développeurs et data scientists qui travaillent sur des modèles de langage ou de diffusion en local, cette capacité change la donne : plus besoin de morceler un modèle entre VRAM et RAM système, avec le goulet d’étranglement que cela implique.
Les benchmarks Cinebench qui ont fuité il y a quelques jours montraient déjà un CPU ARM Nvidia compétitif face aux puces Apple Silicon. Cette confirmation des deux variantes via les pilotes officiels consolide le discours de Nvidia : le RTX Spark n’est pas un simple gadget pour PC portable, mais une plateforme complète pensée pour le calcul intensif et l’inférence IA en local. Les 128 Go de mémoire unifiée permettent par exemple de faire tourner des modèles de la taille de LLaMA 3.1 70B en quantification 4 bits, ce qu’aucun GPU grand public actuel ne peut accomplir seul.
Desktop en vue : le code ne ment pas
Les analystes ont également repéré dans le code du pilote une référence à un «Nvidia Desktop Device». Un indice qui suggère que la gamme RTX Spark ne se limitera pas aux seuls ordinateurs portables. Des modèles comme l’EdgeMesa N AI+ de MSI ou les MiniPC Asus ProArt, aperçus au Computex en juin, affichent d’ailleurs une enveloppe thermique de 140 W, contre seulement 80 W attendus pour les puces intégrées dans les PC portables comme le Microsoft Surface Laptop Ultra.
Cette approche desktop ouvre des perspectives intéressantes pour les stations de travail dédiées à l’IA. Un DGX Spark sous Windows 11, par exemple, deviendrait une alternative crédible aux Mac Studio pour les développeurs qui préfèrent l’écosystème Microsoft. Nvidia semble ici reproduire la stratégie qui a fait son succès dans le cloud : proposer le meilleur rapport performance par watt pour le calcul IA, mais cette fois en local.
Le pilote GeForce 616.00 marque donc une étape supplémentaire dans la maturation de l’écosystème logiciel autour du RTX Spark. Les premiers PC portables équipés de ces puces sont attendus plus tard dans l’année. Nvidia semble déterminé à ne pas laisser Apple et Qualcomm dominer seuls le marché du PC ARM, et cette double déclinaison du N1X suggère une stratégie de segmentation agressive : taper large, de l’entrée de gamme performant jusqu’aux machines dédiées au développement IA.
