La police de Vancouver a publié une image de saisie de drogue générée par intelligence artificielle au lieu d’une vraie photographie. Les habitants ont immédiatement dénoncé une manipulation, et les questions fusent sur l’usage de l’IA par les forces de l’ordre.
C’est ce qui s’appelle un tir dans le pied. En juin 2025, les forces de l’ordre de Vancouver ont partagé sur les réseaux sociaux une image de saisie de stupéfiants. Sauf que le cliché était généré par IA, et les internautes ne s’y sont pas trompés. Les billets de banque portaient des incohérences grossières : des coupures de 50 dollars libellées « 20 », un billet de 100 affichant « 00 ». Des détails qui trahissent une retouche algorithmique présentée comme le compte-rendu officiel d’une opération.
Le sergent Adam Donalson, porte-parole de la police, a tenté d’éteindre l’incendie. Interrogé par CTV News, il a expliqué que son équipe « a utilisé un logiciel pour effacer les noms des personnes mises en cause ». Problème : l’image truquée a remplacé la photographie originale au lieu de simplement la flouter. La police a depuis retiré le cliché litigieux et l’a remplacé par la version originale, recadrée. Aucune précision n’a été donnée sur l’existence de règles internes encadrant l’usage de l’IA.
Des jurés intoxiqués ?
Sur les réseaux sociaux, la colère a été immédiate. « Vous avez montré au public une image de preuves fabriquées par IA, et ce public compte de futurs jurés. Toute l’affaire va être annulée », a lancé un internaute, cité par Les Numériques. Un autre a ironisé : « J’adore que la police me mente, parfait pour la confiance. » L’incident a été également relayé par Futurism, sous le titre « Cops Caught Using AI to Edit Picture of Pathetic Drug Bust », confirmant la portée internationale de l’affaire. Le média Zamin.uz a lui aussi couvert la polémique, attestant de l’écho mondial de cette bourde technologique.
La question juridique est réelle. Si une image présentée comme preuve matérielle est en réalité générée ou retouchée par IA, la défense peut exiger la nullité de la procédure. Aux États-Unis comme au Canada, le droit à un procès équitable repose sur la fiabilité des éléments présentés au jury. Une photographie trafiquée, même pour « effacer des noms », ouvre une brèche dans laquelle les avocats de la défense ne manqueront pas de s’engouffrer.
Draft One, la grenouille et les hallucinations
Ce fait divers n’est pas un cas isolé. Aux États-Unis, le logiciel Draft One d’Axon rédige des brouillons de rapports de police à partir des enregistrements audio des caméras-piétons, en s’appuyant sur une version customisée de ChatGPT. Plus de vingt services de police l’auraient déjà testé. Dans l’Utah, une hallucination spectaculaire a même fait écrire à l’IA qu’un policier « s’était changé en grenouille », après qu’un fond sonore de dessin animé a été capté par le micro. L’anecdote prête à rire, mais elle illustre un danger bien réel : des procès-verbaux générés automatiquement peuvent contenir des affirmations absurdes, sans que personne ne les relise avant qu’elles n’atterrissent dans un dossier judiciaire.
Le cas d’Axon est d’autant plus préoccupant que la société commercialise également des caméras-piétons et des solutions de gestion des preuves. L’IA est intégrée à tous les étages de la chaîne, de la capture à la rédaction du rapport. Sans mécanisme de validation humaine systématique, une simple erreur de transcription peut se transformer en élément à charge fictif. Les associations de défense des libertés civiles réclament un moratoire sur ces outils tant qu’un cadre légal clair n’est pas établi.
L’ACLU et l’EFF sonnent l’alarme
Depuis plusieurs mois, l’ACLU et l’Electronic Frontier Foundation alertent sur ces dérives. Le recours à l’IA dans le travail policier progresse plus vite que les garde-fous réglementaires. De la rédaction de rapports à la vidéosurveillance augmentée, en passant par la reconnaissance faciale, les usages se multiplient sans cadre clair. Le cas de Vancouver illustre parfaitement le risque : une image trafiquée par IA peut compromettre une enquête entière et saper la confiance du public dans l’institution judiciaire.
Une question de crédibilité
Peut-on confier des tâches policières à l’IA sans encadrement transparent ? L’affaire de Vancouver montre que non. Au-delà du ridicule des billets mal imprimés, c’est la crédibilité de l’institution judiciaire qui est en jeu. Pour les professionnels de la tech et de la donnée chez Learnup, ce cas est un rappel brutal : une IA mal utilisée ne produit pas seulement des erreurs, elle peut casser la chaîne de confiance entre les citoyens et leurs institutions. La transparence et la vérification humaine ne sont pas optionnelles, elles sont la condition minimale d’une utilisation acceptable de l’IA dans les services publics. Une politique claire d’usage, des audits réguliers et un droit de regard citoyen sont les seuls moyens d’éviter que la prochaine bourde ne se termine devant un tribunal.
