Microsoft a greffé Copilot sur chaque recoin de sa suite, Windows, Office, Teams, Outlook, mais l’adoption reste un désert. Moins de 5 % des clients payants souscrivent à l’extension IA, et seuls 20 à 30 % d’entre eux l’ouvrent ne serait-ce qu’une fois par semaine. Ramené à la base installée, le taux d’usage hebdomadaire plafonne à 1 %. Et pourtant, Microsoft vient d’augmenter ses tarifs.
Un mur d’adoption à peine entamé
Les chiffres tombent comme un couperet. Selon un rapport de Fortune cité par Les Numériques, sur les 450 millions de clients commerciaux de Microsoft 365, moins de 4,5 % souscrivent à l’extension payante Copilot. Pire: parmi ces souscripteurs, seuls 20 à 30 % utilisent l’outil au moins une fois par semaine. En rapportant ces deux métriques à l’ensemble de la base, le taux d’usage réel avoisine péniblement 1 %.
Ces données enterrent le récit d’une adoption fulgurante que Microsoft avait soigneusement entretenu depuis le lancement de Copilot en 2023. L’entreprise avait déjà dû faire machine arrière en mars 2026 en effaçant la marque Copilot de plusieurs composants de Windows 11, face aux critiques des utilisateurs. Trois ans de matraquage marketing et d’intégration forcée n’ont pas suffi à convaincre les entreprises.
C’est un precedent inquiétant pour l’ensemble du secteur de l’IA générative en enterprise. Si le produit de Microsoft, pourtant adossé à la base installée la plus large du monde professionnel avec 450 millions de postes, ne parvient pas à convertir, les concurrents comme Google Gemini pour Workspace ou ChatGPT Enterprise risquent de subir le même sort. Le problème n’est donc pas seulement Microsoft: c’est le modèle économique de l’IA en entreprise qui est en question.
Des prix en hausse, une promesse qui patine
Le ticket d’entrée a de quoi refroidir les ardeurs. Copilot Enterprise coûte environ 28 € HT par mois et par licence en complément de l’abonnement Microsoft 365. Pour les structures de moins de 300 postes, la version Business grimpe à 19,60 € HT depuis l’expiration des tarifs promotionnels. En parallèle, Microsoft a relevé le plan Business Standard de 12,50 à 14 € mensuels au 1er juillet 2026. Le cumul peut ainsi dépasser 42 € HT par poste en Enterprise, un montant difficile à justifier pour une IA dont l’usage hebdomadaire plafonne.
Pour mettre ces chiffres en perspective, une PME de 50 postes en configuration Business doit débourser près de 1 700 € HT par mois pour équiper tout son personnel de Copilot (abonnement M365 inclus). Dans un contexte où les budgets IT restent serrés et où le retour sur investissement des outils IA peine à se matérialiser, l’addition passe mal.
Pour compenser les limites de son propre moteur, Microsoft a ouvert Copilot aux modèles Claude d’Anthropic dès juin 2026, un aveu implicite que le modèle maison ne suffit pas à convaincre les utilisateurs. La firme de Redmond a ainsi intégré Claude dans Copilot Chat, Copilot Studio et l’agent Researcher, brouillant un peu plus son positionnement face aux offres concurrentes.
« Mériter d’exister » : le constat interne est sans appel
En interne, le ton est lucide. Un mémo de Jacob Andreou, vice-président exécutif chargé de Copilot, rapporté par The Decoder le 3 juillet 2026, pose un diagnostic sans fard: l’outil doit « earn the right to exist », mériter sa place. Car la version gratuite, Copilot Chat, embarquée d’office dans les abonnements éligibles, concentre la majeure partie de l’usage. La valeur perçue du palier payant reste trop faible pour générer une conversion massive.
Cette situation n’est pas sans rappeler l’histoire de Windows Phone ou de Bing: Microsoft peut forcer la distribution, mais il ne peut pas forcer l’adoption. Sans utilité perçue claire, même le bundling le plus agressif échoue à créer de la demande. Le mea culpa d’Andreou est révélateur à cet égard: quand un vice-président admet publiquement que son produit doit encore justifier son existence après trois ans de développement et des milliards investis, le signal est fort pour le marché.
GitHub Copilot aussi sous pression
Du côté des développeurs, le tableau n’est guère plus réjouissant. GitHub Copilot revendique 4,7 millions d’abonnés payants en janvier 2026, un chiffre honorable en apparence. Mais Cursor et Claude Code affichent une croissance nettement plus soutenue sur l’année écoulée et grignotent progressivement l’avance du leader. Le marché de l’IA générative pour développeurs s’accélère et Microsoft risque d’y perdre son avantage historique.
Cursor, en particulier, a séduit une partie des développeurs lassés par les limitations de Copilot, notamment sur la compréhension contextuelle du code existant. Claude Code, de son côté, capitalise sur la réputation de qualité du modèle Anthropic pour attirer les équipes les plus exigeantes. Le syndrome de l’innovation de rupture que Microsoft a si bien exploité face à IBM puis Apple pourrait bien se retourner contre la firme de Redmond sur ce nouveau terrain.
En relevant ses prix alors que l’adoption reste aussi faible, Microsoft fait un pari risqué: que l’intégration forcée et le bundling finissent par imposer Copilot là où le produit seul a échoué. Les chiffres disent pour l’instant le contraire, et le marché de l’IA générative en entreprise attend encore son véritable produit killer. Ce n’est pas faute d’avoir essayé.
