Quatre ans après son lancement, le Nothing Phone (1) recevait en ce mois de juillet 2026 sa dernière mise à jour. Le smartphone iconique de Carl Pei, qui avait révolutionné le marché avec son design Glyph, entre désormais dans une phase critique de fin de vie numérique.
L’histoire du Nothing Phone (1) commence en juillet 2022. Carl Pei, qui avait cofondé OnePlus en 2013 avant de quitter la marque en 2020, tente un pari audacieux : lancer un smartphone milieu de gamme au design délibérément disruptif, avec un dos transparent laissant apparaître les composants, et des LED interactives baptisées «Glyph Interface». Le succès est immédiat, et le Phone (1) devient l’un des smartphones les plus remarqués de sa génération, écoulant des centaines de milliers d’unités à travers le monde. Son prix competitif et son design unique en ont fait un véritable ovni dans un marché dominé par des codes esthétiques bien rodés.
Nothing avait promis trois ans de mises à jour majeures d’Android et quatre ans de correctifs de sécurité. La promesse a été tenue, et même dépassée sur le premier point : le Phone (1) est passé d’Android 12 à Android 15 avant de basculer en phase de maintenance sécuritaire. Mais toute bonne chose a une fin, et cette fin sonne en ce mois de juillet 2026.
Une mise à jour en forme d’adieu
Le patch de sécurité de juillet 2026 est donc le dernier de la série. Nothing le couple à des «améliorations générales et corrections de bogues» ainsi qu’à une «meilleure stabilité globale du système». Rien de spectaculaire, mais un point final propre pour un appareil qui a marqué l’histoire récente du smartphone.
Dans un billet de blog publié sur sa communauté, Nothing rend hommage à son premier-né : «C’est avec le Phone (1) que Nothing OS a vu le jour. Il a donné naissance à nos premières idées concernant une expérience plus épurée et mieux pensée sur smartphone, depuis l’interface Glyph et le design matriciel jusqu’à une approche plus centrée sur Android». Un mea culpa discret, mais aussi la reconnaissance que ce téléphone a posé les fondations de l’identité logicielle de la marque londonienne.
Phone (1) : que devient-il après la mise à jour finale ?
Nothing assure que le téléphone «reste très fonctionnel». C’est vrai sur le papier : l’appareil continue de fonctionner, les applications tournent, l’appareil photo immortalise encore des souvenirs. Mais dans les faits, un smartphone sans correctifs de sécurité devient progressivement une passoire numérique. Les failles découvertes après juillet 2026 ne seront jamais comblées, exposant les utilisateurs les plus attachés à leur Phone (1) à des risques croissants de vol de données ou de prise de contrôle à distance.
C’est un problème qui dépasse Nothing et concerne toute l’industrie du smartphone. Le modèle économique actuel construit le remplacement par l’arrêt du support logiciel, pas par l’obsolescence matérielle. Le Phone (1), avec son design toujours aussi singulier quatre ans après, illustre parfaitement ce paradoxe : un objet qui reste beau et fonctionnel, mais que le numérique condamne à devenir vulnérable. En France, la loi visant à renforcer l’indice de durabilité tente d’encourager les fabricants à prolonger le suivi logiciel, mais ses effets concrets restent limités aux appareils les plus récents.
Nothing après le Phone (1)
La marque londonienne a bien évidemment poursuivi sa route depuis 2022. Le Nothing Phone (4a) Pro est désormais son fleuron, avec un suivi logiciel étendu à cinq ans. Nothing OS a gagné en maturité, l’interface Glyph s’est enrichie de nouveaux motifs lumineux, et l’écosystème s’est élargi avec des écouteurs, une montre connectée et des accessoires. Mais le Phone (1) reste une référence : celui par qui tout a commencé, le modèle qui a mis Nothing sur la carte des constructeurs. En quatre ans, la start-up londonienne est passée d’un statut de curiosité technologique à celui d’acteur établi du marché du smartphone, preuve que le design et l’identité de marque peuvent encore faire la différence face aux géants du secteur.
Pour les propriétaires du Phone (1) qui souhaitent prolonger l’aventure en toute sécurité, plusieurs options existent. La plus simple est de passer à un modèle plus récent de la marque, qui bénéficie d’un support actif. La plus radicale est de flasher une ROM alternative comme LineageOS, mais cela requiert des compétences techniques solides et annule toute garantie résiduelle. La plus raisonnable, pour la majorité des utilisateurs, reste de changer d’appareil tout en recyclant l’ancien via les filières dédiées comme Ecosystem ou les points de collecte en magasin.
Nothing a tenu parole, et c’est déjà beaucoup dans une industrie où les promesses de mise à jour sont souvent plus courtes que la durée de vie réelle des appareils. Le Phone (1) tire sa révérence, mais il laisse une empreinte durable : celle d’avoir prouvé qu’on pouvait réussir dans le smartphone sans copier Apple ni Samsung. Rien que pour ça, il mérite un dernier patch de sécurité en guise de bouquet final.
